MUSIQUE ET EXPRESSION DU SACRE

ELEMENTS DE COURS

 

La religion chrétienne domine la civilisation occidentale du Moyen-Age à la Révolution, puis son influence décline. Au 16e, deux courants s'opposent: les catholiques (traditionalistes, France, Espagne, Italie) et les protestants (Allemagne, pays du nord). Les compositeurs expriment la douleur (mort du christ) et la joie (naissance du christ, résurrection)  inhérentes à cette religion, selon leur style et leur époque à travers plusieurs genres de musique exclusivement vocale (à cause de l’importance du texte):

 

 

CHANT GREGORIEN:  Un chœur de moines qui chantent tous une même mélodie sur un texte religieux, sans accompagnement instrumental. C’est la première musique chrétienne écrite (depuis le VIIIe siècle).

 

 

MESSE:  Le genre principal de la musique religieuse occidentale. Elle célèbre le rite de

                 l'eucharistie (pain et vin symbole du Christ donné aux fidèles). Elle contient toujours

                 ces pièces dites de l’ordinaire (dont le texte ne change jamais):

 

                 1 - Kyrie (Seigneur prends pitié)  

                 2 - Gloria (Gloire au seigneur)

                 3 - Credo (Je crois en Dieu)

                 4 - Sanctus (Saint est le seigneur)

                 5 - Agnus dei (Agneau de Dieu).

                 

Exemples : Messe en si mineur de Bach (1733-1748), Missa Solemnis de Beethoven (vers 1815)

 

 

MAGNIFICAT:   C’est une pièce qui vise à glorifier Dieu, elle est de caractère joyeux et imposant

 Exemple : Magnificat de Bach

 

 

REQUIEM:  C'est une messe dédiée aux morts. Requiem veut dire "repos" (repos éternel)

                      Exemple: Requiem de Mozart (1791), Requiem de Fauré  (fin 19e)

 

 

STABAT MATER: C'est une pièce dédiée à la vierge pleurant son fils au pied de la croix

             Exemples: Stabat Mater de Pergolèse (début 18e), Stabat Mater de Poulenc (milieu 20e)

 

 

PASSION:  C'est le récit de la fin de la vie du christ, de son procès à la mort sur la croix. Elle se

                    compose d'arias et de récitatifs (comme l'opéra) mais ne contient pas de mise en

                    scène. 

                    Exemple: Passion selon St Matthieu de Bach (vers 1730)

 

SALVE REGINA: Pièce dédiée à la vierge, la mère du Christ 

 

CANTATE: Œuvre religieuse composée de plusieurs mouvements indépendants (Récitatifs,

                     Arias, Chœurs)

                 Exemples: Plus de 200 cantates de Bach (1ère moitié 18e) qu'il composait chaque semaine.

 

 

 

 

I -  LE CHANT GREGORIEN  (ou PLAIN-CHANT)   VIIIe - XIe siècles

 

 

Définition:  Ce sont des mélodies chantées sur des textes chrétiens, c’est donc une musique religieuse. On dit aussi le Plain-chant. Parce qu’il s’agit d’une seule et même mélodie chantée par un groupe, sans accompagnement instrumental. La mélodie peut être syllabique (1 syllabe par note) ou mélismatique (plusieurs notes sur une syllabe). On l’appelle grégorien parce que c’est un pape, Grégoire le Grand (U604) qui compila tous les chants utilisés à l’époque pour qu’il n’y ait qu’une seule liturgie dans tout l’empire carolingien.

 

 

Aspects liturgiques: Ces mélodies sont chantées par des moines. Leurs journées sont rythmées par un office quotidien (la Messe) et les «Heures». Ces dernières rythment la journée monastique: Matines, Laudes, Vêpres, Complies. A chaque «Heure» correspondent des chants et des prières particuliers. La Messe est la principale cérémonie de la journée. Elle est une suite de pièces fixes dont le texte ne change jamais (l’Ordinaire dont le Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus dei) et de pièces mobiles dont les textes sont variables (le Propre).

 

 

La notation:  les moines copistes utilisent dans un premier temps des neumes (signes vagues placés au dessus du texte indiquant la courbe de la mélodie. Vient ensuite avec l’apparition de la portée à 4 lignes, la notation carrée.

 

 

Les modes ecclésiastiques: Disposition d’une échelle de tons entiers et de demi tons organisés autour d’un pôle. Il n’y a pas encore de tonalité au moyen âge. Les mélodies grégoriennes se caractérisent par un certain mode: Ces modes se définissent par rapport à 2 éléments clefs: la fondamentale (ancêtre de la tonique), Teneur (ancêtre de la dominante, la 5te au dessus de la fondamentale)

 

 

Quelques caractéristiques: des voix d’hommes uniquement – Une alternance voix seule/groupe – Une seule et même mélodie pour tous – un rythme non pulsé

 

 

 

II -  L’ORAGNUM - LES DEBUTS DE LA POLYPHONIE  (XIe – XIIe siècles)

 

Une très grande invention de la musique occidentale, est l’invention de la polyphonie savante. Au départ, on distingue:

 

Organum parallèle:  (du grec organon, l’orgue). Ce sont deux mélodies grégoriennes identiques à une 5te ou une 4te d’intervalle. Puis peu à peu les mélodies deviennent indépendantes l’une de l’autre.

 

Organum libre:  Les deux mélodies ne sont plus forcément à distante rigoureuse de 4te ou de 5te. Elles indépendantes l’une de l’autre.  Voir Viderunt Omnes de Léonin (vers 1180)

 

III -  LA MESSE DE GUILLAUME DE MACHAUT (vers 1300-1377), vers 1364

 

On retiendra l’immense trouvère Guillaume de Machaut (v.1300-1377) qui compose la toute première Messe à 4 voix de l’histoire de la musique.  Cette messe contient les pièces dites de l’ordinaire que sont le Kyrie (Seigneur prends pitié), Gloria (Gloire au seigneur), Credo (Je crois en Dieu), Sanctus (Saint est le seigneur), Agnus dei (Agneau de Dieu). Par ailleurs, l’harmonie fait ses premiers pas à travers par exemple la cadence «à double sensible». Cette cadence marque l’enchaînement de deux accords de trois notes chacun dont le 2e est constitué d’une note de basse, une 5te, et une octave. Le premier est expliqué comme suit dans ces deux exemples:

 

 

Le 2e accord ne contient pas de tierce (do - sol - do). Celle-ci n’apparaît dans les accords de fin de pièce qu’à la Renaissance.

 

Dans cette messe de Machaut comme dans beaucoup d’œuvres du moyen-âge, la voix de teneur est une mélodie empruntée de chant grégorien plus ancien, et Machaut a écrit les 3 autres voix autour de celle-ci. Cette voix empruntée s’appelle aussi Cantus firmus

 

 

 

 

 

IV - LA RENAISSANCE (XVIe siècle)

 

   a) Contexte historique: La Réforme et l’imprimerie

    

C’est bien sûr la Réforme qui est l’élément politique le plus important de cette époque. Une scission apparaît dans le christianisme: Martin Luther ((v.1483-1546) propose une nouvelle interprétation de la bible: il s’agit pour le fidèle de vivre la foi dans l’intimité de la conscience (plus de confessions) et non plus sous l’autorité de l’enseignement de l’Eglise. Le culte est simplifié, les sacrements réduits, le culte des saints, reliques, images, pèlerinages, indulgences, purgatoire relégués au rang des superstitions. Une très grande importance est accordée au respect de l’écriture sainte (c’est à dire de la bible). Par réaction à la Réforme apparaîtra la Contre-Réforme. C’est un ensemble de principes défendus par les catholiques qui s’opposent au protestantisme (maintien du texte liturgique en latin, principalement, alors que les protestants préconisent de le traduire en langue vernaculaire). Le protestantisme se diffuse en Europe du nord (Allemagne, Pays-Bas Suisse, Danemark, Scandinavie) alors que le catholicisme se maintient en Espagne, Italie et France. Les compositeurs de musique religieuse de cette époque se distinguent par leur appartenance au catholicisme (Palestrina) ou au protestantisme (Bach à l’époque baroque).

 

On notera aussi l’invention de l’imprimerie à la fin du XVe siècle qui permit notamment aux idées protestantes de gagner toute l’Europe. L’imprimerie musicale appariait au début du XVIe siècle, et permit elle aussi la diffusion d’œuvres à travers l’Europe.

 

 

b) Eléments musicaux notables

 

    * A la Renaissance, l’harmonie a fait de sérieux progrès: la consonance de tierce est admise, on utilisera désormais les accords parfaits et les modes ecclésiastiques ne se réduiront qu’à deux seulement: le mode de do (futur «do majeur») et le mode de la (futur «la mineur»).

 

* On retiendra Josquin des Près (v.1440-1521), Palestrina (1525-1594) ou encore Allegri (1582-1652) et son célèbre Miserere

 

* La notation musicale commence à ressembler à la notation moderne. On remarque cependant que: les notes sont carrées (à cause de la plume utilisée pour écrire), il n’y a pas de barres de mesure, la mesure est indiquée par un cercle.

 

 

MISSA PANGE LINGUA de Josquin Desprez  (v.1440-1521)

 

 

 

 

Et sa transcription moderne:

 

* Indications des mesures à la Renaissance: S’il y a un cercle, le nombre de temps est ternaire, s’il y a un demi cercle, il est binaire. S’il contient un point, chaque temps est ternaire, s’il n’y a pas de point, chaque temps est binaire

 

  :  Nombre de temps ternaire et chaque temps est ternaire soit par exemple 3 temps ternaires:

             

 

  :  Nombre de temps ternaire et chaque temps est binaire soit par exemple 3 temps binaires:

        

 

: Nombre de temps binaire et chaque temps est ternaire soit par exemple 2 temps ternaires:

        

 

  C: Nombre de temps binaire et chaque temps est binaire soit par exemple 4 (ou 2) temps binaires:

             

 

 

V - LA PERIODE BAROQUE  (1600-1750)

 

Cette période se caractérise comme «L’ère de la monodie accompagnée». On renonce aux grandes polyphonies de la Renaissance (voir Palestrina) pour une musique dans laquelle on privilégie une mélodie seule et accompagnée. Cet accompagnement est fait dans cette période par la basse continue (ou continuo): partie de basse dans un orchestre jouée le plus souvent par les violoncelles, contrebasses et un clavecin. On retiendra trois compositeurs majeurs:

 

Giovanni Palestrina (1710-1736)  Stabat Mater

Antonio Vivaldi (1678-1741)     Stabat Mate, Les quatre saisons

Johann Sebastian Bach  (1700-1750)   Magnificat

 

 

Dans le Magnificat de Bach (1685-1750), on retiendra:

 

«Magnificat anima mea dominum»  Mon âme glorifie le seigneur

 

* Un sentiment de joie et de grandeur qui vient de la signification du texte: mon âme glorifie le seigneur

* Ce sentiment se traduit en musique par une tonalité de ré majeur (souvent associée à la joie) et une forte présence des trompettes

* Aucune interruption rythmique pour ne pas casser le sentiment de joie omniprésent.

 

 

Passion selon st Mathieu de JS Bach (1685-1750)

 

1) Choral «Befielh du deine Wege»

 


Befiehl du deine Wege

Und was dein Herze kränkt

Der allertreusten Pflege

Des, der den Himmel lenkt.

 

Der Wolken, Luft und Winden

Gibt Wege, Lauf und Bahn

Der wird auch Wege finden

Da dein Fuss gehen kann

Confie tes pas

Et les peines de ton cœur

A la bonté et à la fidélité

De Celui qui gouverne le royaume des cieux

 

C’est lui qui confère le mouvement

Aux nuages, à l’air et aux vents

C’est Lui qui te guidera aussi sur le chemin

Partout où tes pas peuvent te conduire


 

 

   * homorythmie pour privilégier la compréhension du texte

   * le choral est de tradition luthérienne dans laquelle le sens du texte est très important

 

 

2) Chœur d’entrée de la passion selon St Mathieu

 

  * Présence de 2 orchestres conférant à l’ensemble un aspect monumental

  * Pédale de mi à la basse sur un rythme obstiné (noire croche)

  *  Les deux chœurs se répondent

  * Caractère très solennel

 

 

VI - LA PERIODE CLASSIQUE  (1750-1800)

 

Le style de cette période est caractérisé par

 

* Un abandon de la basse continue

* Un abandon de la polyphonie (les fugues par exemple)

 

Le clavecin est abandonné au profit du piano. Les deux grands compositeurs de cette période sont:

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) et

Joseph Haydn (1732-1809)

 

 

 

CREDO DE LA NELSON MESSE DE HAYDN  (1798)

 

 

1) Credo: Une partie rapide et homogène. Persistance de la basse continue (rappel de l’époque baroque)

 

2) Et incarnatus:  Il débute par un aria de soprano et chœur. Le tempo est lent et sied au caractère dramatique, ainsi que le suggère le sens du texte. Remarquer l’unisson sur crucifixus. Le sens du texte est alors très clair grâce à cet unisson. Sepultus: cette partie est lente car elle doit contraster avec le Et resurexit situé juste après qui est lui, rapide.

 

3) Et resurexit :  rapide et joyeux car le christ est ressuscité.  Différentes sections:

       * Ecriture en imitation sur Et resurexit

       * Unissons sur et in spiritum sanctum    

       * Remarquer page 76 une nuance forte sur vivos et une nuance piano sur mortuos  (les vivants et les morts)

       * Une écriture en «accords» donc homorythmique sur Confiteor  «je reconnais un seul baptême… »

       * Une partie soliste introduisant ce texte: «et vitam, venturi seculi… » que le chœur chante après avec grandeur

       * Une partie finale sur Amen: exubérance et joie. La musique prend plus d’importance à la fin. Noter l’emploi 

          des trompettes et timbales pour  la joie.

 

 

 

REQUIEM DE MOZART  (1791)

 

Le requiem de Mozart se situe dans la perspective pré-romantique

 

 

04 - CONFUTATIS

 

Confutatis maledictis, Flammis accribus addictis, Voca me cum benedictis. Oro supplex et acclinis Cor contritum quasi cinis

Et après avoir réprouvé les maudits et leur avoir assigné le feu cruel, appelez-moi parmi les élus. Suppliant et prosterné, je vous prie, le cœur brisé et comme réduit en cendres, prenez soin de mon heure dernière

 

 

MESURES

1 à 6

7 à 10

10 à 16

17 à 24

25 à fin

TEXTE

Confutatis...

Voca me...

Confutatis...

Voca me

Oro supplex...

TONALITE

La m

Do M

La m

La m

La m à Fa M

THEMES

           A

             B

            A

           B

            C

 

* Il s’agit d’une pièce aux parties principales A et B extrêmement contrastées, ainsi que le sens du texte le suggère. La partie sur Confutatis est violente et tourmentée, et la partie B sur Voca me est suppliante

 

 

* L’orchestration est à ce point de vue sans équivoque:

   Partie A: Toutes les cordes à l’unisson sur un motif très rythmé et brutal montant par paliers successifs, voix   d’hommes.

   Partie B: une simple ligne de violons douce pour accompagner les voix de femmes sur Voca me, évoquant le fidèle suppliant son Dieu pour qu’il l’accueille parmi les élus.

 

* A noter le premier Voca me en do majeur, symbolisant sans doute l’espoir, et le 2e en la mineur, un caractère plus triste et mélancolique. Joie et tristesse trouvent ici parfaitement leur place dans le style pré-romantique.

 

* La partie C est très modulante et de nuance piano. Elle correspond au murmure du fidèle agenouillé (voir le texte). Le dernier accord est celui de fa majeur. Puis vient un accord de transition (dominante de ré mineur) qui nous ramène vers la tonalité de ré mineur de la pièce suivante.

 

 

 

 

 

05 - LACRIMOSA

 

Lacrimosa dies illa, Qua resurget ex favilla, Judicandus homo reus, huic ergo parce Deus

O jour de larmes, où l’homme coupable ressuscitera de la poussière pour être jugé. Pardonnez lui donc, O mon Dieu

 

* Cette pièce est la dernière qui soit composée par Mozart

* On retrouve l’écriture homorythmique du Dies Irae dans un tout autre caractère: la tristesse et le chagrin dominent cette pièce.

* On remarquera la ligne très expressive des violons I où l’évitement du premier temps provoque un halètement proche des soupirs et sanglots.

* La tonalité évolue de ré mineur à fa majeur mesure 19, au petit interlude orchestral. On retrouve ré mineur lorsque reviennent les voix et la pièce se termine sur une note d’espoir par un accord de ré majeur.

 

 

 

 

VII - LA PERIODE ROMANTIQUE  (1800-1900)

 

Cette période consacre l’idée selon laquelle le compositeur exprime ses sentiments personnels dans son œuvre, qui devient autobiographique. On retiendra, pour la musique religieuse:

 

Franz Schubert (autrichien, 1797-1828)  Messes diverses

Ludwig Von Beethoven (1770-1827): Missa Solemnis

Giuseppe Verdi (1813-1901) Requiem

 

Gabriel Fauré (1845-1924)   Requiem (de 1888, dont le Libera me)

 

 

VIII - LE XXe SIECLE

 

Le principal compositeur important de musique religieuse au XXe est le français Olivier Messiaen (1908-1992). C’est un catholique très engagé. Les 3 sources d’inspiration: sa foi religieuse, les chants d’oiseaux et les couleurs:

 

 

* Sa foi: de parents non croyants, Messiaen devient et restera un croyant sincère et absolu. Sa musique est très fréquemment jalonnée de références bibliques.

 

* Les chants d’oiseaux: Pour Messiaen, la nature est l’une des manifestations du visage de Dieu, et il considérait les oiseaux comme des «messagers du ciel». Dans le Quatuor pour la fin du temps, Messiaen utilise les chants d’oiseaux pour la première fois. Il systématisera leur utilisation à partir des années 1950 (Catalogue d’oiseaux). Les oiseaux utilisant des intervalles plus petits que le demi ton, Messiaen «triche» en agrandissant leur intervalles jusqu’au ½ ton

 

* Les couleurs: Messiaen «voyait» les sons sous forme de couleurs bougeant et se mélangeant au fur et à mesure du développement d’une oeuvre

 

 

 

 

LE QUATUOR POUR LA FIN DU TEMPS D’OLIVIER MESSIAEN

 

D’après:  Gérard Moindrot, Education Musicale, Bac 2003  n°495-496 Septembre-Octobre 2002

 

Pour piano, violon, violoncelle et  clarinette

 

 

A) Le quatuor à cordes - Historique

 

Le terme quatuor désigne une œuvre pour 4 instruments. Le genre Quatuor à cordes, tel qu’il a été établi à la fin du XVIIIe siècle par Haydn (1732-1809), concerne des pièces pour quatre instruments à cordes (2 violons, un alto, un violoncelle), traités selon un principe d’égalité. De même que la symphonie ou le concerto, le quatuor se présente le plus souvent en quatre mouvements: Allegro – Andante – Menuet – Allegro.

 

 

B) La thématique abordée dans le Quatuor pour la fin du temps

 

Dans son quatuor pour la fin du temps, Messiaen se démarque du classicisme. La forme générale est en huit mouvements qui obéissent à un programme inspiré par l’Apocalypse (partie finale de la bible qui décrit le monde à la fin des temps, lorsqu’aura lieu le Jugement dernier au cours duquel les âmes seront séparées selon le bilan de leur vie terrestre), et non aux structures habituelles.

 

 

C) Les circonstances de la composition du quatuor de Messiaen

 

La formation (violon, clarinette, violoncelle et piano), résulte des conditions particulières propres au camp de détention où se trouvait le compositeur en 1940. Infirmier fait prisonnier à Görlitz en Silésie (région aujourd’hui à cheval entre la Pologne, la république tchèque et l’Allemagne), il était jugé suffisamment inoffensif pour que les allemands le laissent travailler et composer. Les conditions difficiles de vie au camp lui provoquèrent les hallucinations colorées qu’il parvint à traduire musicalement.

 

 

 

 

 

II – VOCALISE POUR L’ANGE QUI ANNONCE LA FIN DU TEMPS      Tous les instruments, 2e mouvement

 

«La 1ère et la 3ème partie (très courtes) évoquent la puissance de cet ange fort, coiffé d’un arc en ciel et revêtu de nuée, qui pose un pied sur la mer et un pied sur la terre. Le « milieu », ce sont les harmonies impalpables du ciel. Au piano, cascades douces d’accords bleu-orange, entourant de leur carillon lointain la mélopée quasi plain-chantesque des violon et violoncelle»  Messiaen, préface du quatuor.

 

 

     Ce mouvement est de forme tripartite.    (A1, B, A2)

 

a)  Parties A (mes 1 à 18)

 

          * Les parties A1 et A2  sont violentes et emportées, elles suggèrent la puissance de l’ange qui annonce la fin du temps.    

* Messiaen utilise un registre très étendu, de l’extrême grave du piano à l’aigu du violon

          * Les accords graves du piano dans A1 impliquent une forte résonance de l’instrument évoquant la nuée de l’ange.

* Bien noter le motif de clarinette au début (mes 2) que l’on retrouvera dans L’abîme des oiseaux et dans l’Intermède

* La 2e partie A2 est plus courte que la première, elle reprend la dernière partie de A1 en inversant la direction des motifs: le violon, le violoncelle et la clarinette font un motif descendant page dans A2, alors qu’il était ascendant dans A1 page 8

 

 

 

b)  Partie B  (mes 19 à 48)

 

 

* Cette partie fait entendre la vocalise annoncée dans le titre. Elle est extrêmement calme de part sa nuance pianissimo mais aussi par la régularité des accords du piano. C’est la première fois qu’on entend une pulsation régulière dans ce quatuor depuis le début

 

* La «mélopée plain-chantesque» annoncée dans la préface est une référence au chant grégorien. La  souplesse rythmique et mélodique d’un chant grégorien stylisé est rendue au violon et violoncelle. Les neumes du chant grégorien conduisent Messiaen à une notation non mesurée où les notions de temps et de mesure sont remplacées par des sentiments de valeurs longues ou brèves. Messiaen veut supprimer ce qui mesure le temps, s’affranchir de la barre de mesure pour le remplacer par «le sentiment d’une valeur brève (la double croche par exemple) et de ses multiplications libres (…)». Pour cela, il utilise le chant grégorien qui est une musique amesurée par excellence.

 

* Les «harmonies impalpables» et les «cascades d’accords bleu-orange» sont évoquées par l’harmonie. Les accords 5, 6, 7 et 8 du piano de la mesure 19 sont formés de quartes.