MUSIQUE ET
RECHERCHES FORMELLES
QUELQUES
ELEMENTS DE COURS
01 - FORME SONATE
Ne pas confondre la «sonate»
et la «forme sonate»
1) La sonate classique (après 1750) est une pièce instrumentale en trois ou quatre parties (ou mouvements), suivant généralement cet ordre:
- 1er mouvement rapide très souvent de forme sonate - 2e mouvement lent
- 3e mouvement rapide
- 4e mouvement rapide
2) La forme sonate est la structure interne du premier mouvement d’une sonate, d’une symphonie ou d’un concerto. Celle-ci se compose de trois parties: l’exposition, le développement et la réexposition
L’Exposition: Première
partie d’un mouvement de forme sonate dans laquelle les deux thèmes principaux
sont exposés. L’exposition se termine au ton de la dominante ou à la tonalité
relative.
Le Développement: Partie centrale d’un mouvement de forme sonate
dans lequel de nouveaux éléments se combinent au développement des deux
principaux thèmes. Le développement évolue dans de nombreuses modulations.
La Réexposition: Troisième et dernière partie d’un mouvement de
forme sonate qui reprend à peu près
le schéma de l’exposition avec les deux thèmes principaux. La réexposition se
termine par le ton principal du mouvement.
La forme sonate est la plupart du temps utilisée dans
le 1er mouvement de:
La sonate pour clavier Sonate en sib majeur K.333 de Mozart
(1756-1791) ou sonate en la mineur pour piano K.310) de Mozart
La symphonie: œuvre pour orchestre sans soliste
généralement articulée en 4 mouvements* comme pour la sonate
Symphonie n°5 en do mineur Op.67 de
Beethoven (1770-1827)
Le concerto: œuvre dans laquelle un instrument seul (le soliste)
dialogue avec un orchestre (concerto pour piano, concerto pour flûte, etc...).
Généralement composé en trois mouvements
Concerto pour flûte
et harpe en do majeur de Mozart
02 - FORME RONDO
Forme couplet/refrain (ABACADA…). Souvent placé en dernier mouvement des quatuors à cordes, sonates, symphonies ou concertos jusqu’au milieu du XIXe.
Sonate pour piano n°8 Op.13 en do mineur 3e mvt
de Ludwig von Beethoven (1770-1827)
03 - FORME VARIATION
Il existe deux formes de variations: variations sur une basse et variations sur un thème
1)
Variation sur une basse: la ligne de
basse de l’aria initial est la même dans toutes les variations. Canon en ré majeur de Pachelbel (1653-1706). Cette célèbre pièce propose à la basse (violoncelles
et contrebasses) une formule immuable et répétée tout au long de la pièce sur
laquelle les autres instruments jouent des accompagnements variés.
2) Variation sur un thème: Chaque variation propose un présentation du thème initial sous différents aspects. Quatuor à cordes en do majeur Op.76 n°3 «Empereur» de Joseph Haydn (1732-1809) 2e mvt. Dans ce mouvement de quatuor, le thème est tout d’abord présenté au violon 1 accompagné des autres instruments. La variation 1 confie au violon 1 des notes rapides, formant parfois des arpèges, alors que le thème est confié au violon 2. L’alto et le violoncelle ne jouent pas. La variation II fait entendre le thème au violoncelle accompagné des autres instruments, le violon 1 fait des contretemps, il a une partie «décorative». L’alto joue joue le thème à la variation III, les autres instruments interviennent sporadiquement. A remarquer le chromatisme du violon (mes. 72) ou au violoncelle (mes. 73-74). La variation IV, dernière du cycle, redonne le thème au premier violon, dans le registre aigu à partir de la mes.84. Puis une coda termine l’ensemble de mes.100 à la fin.
04 - PIECE LIBRE POUR CLAVIER:
ETUDE, FANTAISIE, PRELUDE, AUTRES)
L’Etude est une pièce de forme libre axée autour d’une difficulté particulière de l’instrument
Etude en do mineur Op.10
n°12 «Révolutionnaire» de Frédéric
Chopin (1811-1849)
Le prélude est une pièce de forme libre qui à l’origine servait d’introduction à une autre pièce (une fugue par exemple).
a) Dans le Prélude en do majeur BWV 846 extrait du «clavier bien tempéré» de Johann Sebastian Bach (1685-1750), remarquer les la grande régularité de la formule rythmique choisie. Tout l’intérêt de ce prélude réside dans la stabilité rythmique associée aux changements d’harmonie. Ce prélude, comme tous ceux du Clavier bien tempéré, introduit une fugue (voir plus loin).
Le clavier bien tempéré de Bach (1722) est un recueil
de préludes et de fugues écrites dans toutes les tonalités (12 tonalités
majeures + 12 tonalités mineures= 24 tonalités au total et 48 pièces en tout).
Destiné à des élèves il offre une variété surprenante et une richesse
d’invention. Dans chaque tonalité, il y a un prélude suivi d’une fugue.
(Prélude et fugue en do M, en do m, en do# M, do# m, ré M, ré m, etc…), il y a
deux volumes du Clavier bien tempéré. Son nom vient du fait qu’à partir de ce
recueil historique, il est possible de jouer dans n’importe quelle tonalité, ce
qui ne se faisait pas avant).
b)
Les préludes de Chopin (1810-1849)
n’introduisent aucune pièce suivante comme le faisait Bach. Ils sont des
«photographies» d’instants psychologiques: Le prélude n°4 en mi mineur est lent, triste et
comporte de nombreux chromatismes descendants, tandis que le prélude n°24 en ré mineur est d’un caractère
violent, emporté (1836-39).
c)
Les préludes de Claude Debussy (1862-1918) comme La terrasse des audiences au
clair de lune n’introduisent aucune pièce suivante. Ils ne sont pas des
instants psychologiques comme dans Chopin mais sont des pièces descriptives
détachées de tout sentiment humain, en cela, ils s’opposent à la musique
romantique.
Le Nocturne est un morceau
typique de Chopin, emprunt de douceur vespérale et d’abandon, il est lent et
comporte parfois une section centrale plus animée. Nocturne n°7 en do# mineur de
Chopin Op.27 n°1
05 - LA FUGUE «Conversation
musicale entre plusieurs voix et plusieurs personne sur un même sujet»
Olivier Alain (organiste et compositeur)
La fugue est une pièce polyphonique (à plusieurs voix)
fondée sur le principe de l’imitation.
Fugue en ré mineur BWV 875
exraite du “clavier bien tempéré” de
Johann Sebastian Bach (1685-1750) . Bach est le maître
incontesté de la fugue et reprend en cela une tradition qui remonte aux débuts
de
Le thème principal d’une
fugue est appelé sujet. L’apparition du même thème à une autre voix
s’appelle la réponse. Viennent ensuite des épisodes nouveaux appelés divertissements.
A la fin le sujet apparaît de manière serré à toutes les voix: c’est la
strette. Une fugue peut être écrite pour n’importe quel type d’instrument.
C’est une genre très savant.
07 - OUVERTURE
A l’origine l’ouverture est une pièce orchestrale sans chanteurs placée au début d’un opéra. Au XIXe, elle pourra garder cette fonction mais aussi devenir indépendante, sans être rattachée à aucun opéra. Elle ne garde alors que le caractère du sentiment littéraire proposé. Dans l’Ouverture «Coriolan» (1807) Op.84 de Ludwig von Beethoven (1770-1827), on retiendra les vicissitudes du militaire romain vainqueur des Volsques (peuple situé près de Rome) puis repenti. La musique illustre de part ses deux thèmes contrastés (l’un viril et violent, l’autre plus joyeux) les deux faces du héros..
08 -
POEME SYMPHONIQUE
C’est une musique orchestrale descriptive. Le poème symphonique utilise les larges ressources de l’orchestre en puissance, contrastes et expressivité pour exprimer les aspirations littéraire d’un thème. Il peut:
- Peindre un paysage: La Moldau (Smetana), Dans les steppes de l’Asie centrale (Borodine)
- Chanter un pays: Finlandia (Sibelius), Hungaria (Liszt)
- Evoquer un texte littéraire: Mazeppa (Liszt), Ce qu’on entend sur la montagne (Liszt, d’après Hugo)
- Raconter une légende: Une nuit sur le mont chauve (Moussorgsky), Peer Gynt (Grieg)
- Illustrer un conte: Casse-Noisette (Tchaïkovsky), Schéhérazade (Rimsky-Korsakov)
- Exploiter une idée
philosophique: Ainsi parlait Zarathoustra
(R.Strauss)
Vltava («
Bedrich Smetana (1824-1884) vécut à Prague la plupart de sa vie, à part quelques années en Suède. Il sait rencontrer les grandes figures de son époque (Schumann, Liszt, Berlioz) mais n'en reste pas moins un personnage attaché à représenter à travers son art la culture de son pays, la Tchécoslovaquie. Il compose huit opéras, de la musique de chambre et des poèmes symphoniques. La vie et l’œuvre de Smetana sont liés aux mouvements nationaux qui s'épanouirent en Tchécoslovaquie. En 1856, ses prises de position l'obligent à s'exiler en Suède. Il décide de composer un répertoire lyrique authentiquement national : "Les brandebourgeois en bohème" ou encore "La fiancée vendue": l’action se passe dans un village, les thèmes et rythmes sont d'inspiration folklorique. Smetana est atteint par la surdité à la fin de sa vie, devenu torturé par "le grondement presque ininterrompu de mon intérieur qui rugit dans ma tête et s’accroît de temps en temps jusqu'à un éclatement tempétueux. Ce retentissement est parsemé par des voix aiguës qui s'élèvent avec un faux sifflement et s'accumulent jusqu'à un hurlement terrible comme si des furies et tous les mauvais esprits m’assainissaient. Dans ce bruit infernal se mélangent la sonnerie des trompettes désaccordées et des autres instruments en étouffant ma propre musique qui résonnait ou résonne en moi".
* La musique de Smetana n'est pas révolutionnaire ni avant-gardiste. Son lyrisme orchestral n'apporte aucune rupture par rapport à son époque, et ne pose aucun jalon sur l'avenir. Elle est l'expression contemporaine portée par l'idée de glorifier et mettre en valeur la culture de son pays.
* Ecrit à la
fin de sa vie en 1874, le cycle "Ma Vlast" (Ma patrie) se compose de
six poèmes symphoniques attachés à décrire la nature («La Moldau », «Par les
prés et les bois de Bohème») et la culture tchèques représentée par des
événements, des lieux ou des personnages historiques: Vysehrad ("la forteresse haute").
*
Universellement connue, la Moldau (2e pièce du cycle Ma Patrie) est un poème
symphonique décrivant le cours d'un fleuve du même nom. Moldau est le nom
germanique, "Vltava" est le nom tchèque. Cette rivière coule au sud
du pays et rejoint Prague, la capitale. Dans le contexte de l'éveil des
nationalismes européens à la fin du XIXe,
"Smetana donne à la rivière tchèque une importance comparable à celle du
Rhin pour les allemands ou du Danube pour les Austro-Hongrois" (André
Lischké)
* Glorifier son pays, c'est la mission que s'est donnée Smetana. Pour cela, rien de tel qu'un beau thème, simple, facilement chantable et mémorisable, de façon à ce qu'il atteigne le plus grand nombre et ainsi assurer sa popularité. Smetana est donc tout le contraire d'un compositeur moderne et visionnaire recherchant l'originalité et un style nouveau. L'intérêt de son œuvre réside ailleurs, dans la parfaite maîtrise de l'orchestre et dans sa capacité à lui faire décrire des climats et des paysages.
* Il s'agit d'un poème symphonique. On se situe dans le cadre d'une musique à programme, d’une musique descriptive, à l'opposé de la musique pure, celle qui n'a pas vocation à illustrer quoi que ce soit.
* Sur le plan de la forme, il n'y a donc pas lieu d'y rechercher une forme instrumentale fixe (forme sonate par exemple). Les différentes étapes de la partition correspondent aux différents tableaux de l'évolution du fleuve, de sa naissance à son arrivée triomphale à Prague. Si le thème principal se retrouve à plusieurs reprises au cours de la pièce, ce n'est pas en vertu d'une forme pré-établie.
* Un grand orchestre symphonique est requis (1 piccolo, 2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes en do, 4 cors en do, 2 trompettes en do, 3 trombones, 1 tuba, timbales, triangle, grosse caisse, cymbales, harpe, quintette à cordes). Smetana puisera dans les ressources et possibilités innombrables d'un tel orchestre pour passer en revue tous les tableaux: Après la naissance du fleuve jusqu’à son évocation par le thème principal, suit une scène de chasse à courre et de danse paysanne. Puis à la lueur d'une lune argentée, des nymphes d'eau dansent leurs rondes, des châteaux forts fiers, des châteaux et des ruines vénérables incrustées dans les rochers sauvages passent. La Vltava écume et traverse les chutes vers St Jean, coule majestueusement vers Prague, le château Vysehrad se dresse sur la rive. La Vltava suit son cours (...) puis disparaît dans l'Elbe.
Parcours
de l’œuvre: de tonalité générale de mi mineur, l’œuvre décrit plusieurs tableaux:
1) Pages 1 à 5 (mi m) [Mes 1 à 40]: une introduction
dans laquelle une flûte puis 2, puis 1 clarinette, puis 2 proposent un motif
volubile et tournoyant (à cause du rythme ternaire) évoquant la naissance du
fleuve.
2) Pages 5 à 18 (mi m) [Mes 40 à 80]: le thème principal
fait son apparition page 5, alors que les cordes conservent le mouvement
volubile précédent des bois. Ce thème comporte une courbe mélodique ascendante,
puis descendante.
3) Pages 19 à 30 (do M,
modulant) [Mes 80 à 122]: le
mouvement volubile des cordes est conservé alors que les cors résonnent
fortement en évoquant une chasse à courre. C’est une scène de chasse dans
la forêt. Dans toute cette partie les trombones et le tuba ont aussi leur
importance (les cuivres).
4) Pages 31 à 41 (sol M) [Mes 123 à 181]: cette partie tranche
avec la précédente par l’abandon du rythme tournoyant du fleuve pour une danse
paysanne simple au rythme binaire et identique pour presque tous les pupitres.
Remarquer les phrasés de deux en deux.
5) Pages 41 à 61 (Lab M) [Mes 182 à 238]: La nuit est tombée
sur le fleuve: c’est le temps du silence et des créatures surnaturelles:
les nymphes d’eau dansent leurs rondes. La nuit est illuminée d’un clair de lune
«Mondschein». Le thème de la nuit et du clair de lune sont des images tout à
fait romantiques (voir la sonate dite «au clair de lune» de Beethoven). Dans
cette partie, les deux flûtes et les deux clarinettes reprennent le motif
volubile du tout début afin de garder l’idée du mouvement du fleuve, alors que
les cordes chantent un thème lent et très lyrique, ponctué par des traits de
harpe. Page 51 [Mes 213] et
suivantes, les cuivres se font entendre discrètement: c’est un écho à la scène
de chasse précédente. Tout comme les flûtes et clarinettes avaient
introduit le thème au début, elles font de même ici dans ce qu’on pourrait
appeler la ré-exposition (bien qu’il ne s’agisse pas du tout d’une forme
sonate).
6) Pages 61 à 70 (mi m) [Mes 239 à 270]: on retrouve le thème
principal, écourté.
7) Pages 70 à
86 (modulant) [Mes 271 à 332]: le
fleuve traverse les cascades St Jean. Les chocs violents que subit le fleuve
sont rendus par l’extrême densité orchestrale: fusées montantes des cordes,
martèlement des cors, un pupitre de cuivres très présent, des dialogues
rythmiques très denses jusqu’à leur apogée page 85 [Mes 323]. Après un calme soudain (page 86) [Mes 326 et ss], c’est la dernière partie:
8) Pages 87 à la fin (mi M) [Mes 333 à fin]: Dans une grande unité
rythmique l’orchestre entier (et non plus uniquement les violons comme avant)
reprend le thème principal (en majeur cette fois) dans un mouvement brillant
et glorieux, marquant l’arrivée du fleuve dans la capitale: Prague. Page 91
[Mes 359] on trouve le thème du Vysehrad
(«La forteresse», qui est le premier
poème symphonique du cycle «Ma Patrie»),
le fleuve passe en effet à côté de ce château aux abords de Prague. Enfin c’est
le tutti final: homorythmie,
insistance sur l’accord de mi majeur, nuance fff. Page 101 [Mes 404]
le mouvement se calme: le fleuve se disperse, avant que les deux accords
conclusifs n’achèvent définitivement la pièce.