I - QU’EST-CE QUE LE TEMPS MUSICAL ?
A)
Généralités
B)
Le rôle de la mémoire
II - LE TEMPS MUSICAL AVANT LE XXe SIECLE
A)
Le temps éternel: Le chant grégorien
B)
La rationalisation du temps au XIIIe siècle
et sa complexification au XIVe
C)
Le temps musical classique (XVIe au XIXe
siècles)
B)
L’exploration de nouveaux langages musicaux au
début du XXe:
Claude
Debussy et Igor Stravinsky
C)
Une approche très personnelle du temps en musique: Le quatuor pour la fin
du temps d’Olivier Messiaen
D)
Les ambiguïtés de la perception du temps: Gyorgy
Ligeti
E)
L’éclatement du temps dans la «forme ouverte»: Pierre
Boulez - Karlheinz Stockhausen
F) Le Miserere d’Arvo Pärt (né en 1935)
IV - L’ŒUVRE DANS SON TEMPS
A) Les rapports d’une œuvre au passé
B)
Un exemple de retour au passé: le néo
classicisme (vers 1920): Maurice Ravel.
I - QU’EST-CE QUE LE TEMPS MUSICAL ?
A)
Généralités
La musique est un art du temps. Elle est un équilibre entre des événements sonores (timbre, hauteur, harmonie) et leur placement réfléchi et inspiré dans le temps (rythme, tempo). Ces événements sonores peuvent être observés tant au premier degré (note, thème, motif) que plus largement: structure d’un mouvement ou d’une œuvre entière. La notion de temps en musique peut se décliner sous plusieurs aspects:
a) Le temps de l’œuvre elle-même, son déroulement:
* une architecture avec une forme et une logique temporelle bien affirmées (Bach, Mozart, etc…)
* une succession de moments, d'ambiances différentes (Debussy)
* une masse sonore au déroulement continu (Ligeti)
b) Temps traduit par la notation:
Les partitions révèlent de nombreuses ambiguïtés, en particulier pour ce qui concerne le tempo- le métronome ne sera inventé qu'en 1816) : les indications temporelles sont-elles précises lorsqu'elles existent ou laissent-elles une marge de manœuvre à l'interprète
c) Temps musical de l'interprète: problème du choix du tempo, de l'interprétation? y a-t-il un tempo idéal?
d) Temps de l'auditeur: comment perçoit-il la musique? Quels rôles jouent sa mémoire et sa connaissance des structures musicales ? en quoi son état psychologique modifie-t-il sa perception du temps ?
B) Le rôle de la mémoire
La mémoire joue un rôle essentiel dans les mécanismes de l’écoute et de la compréhension de la musique. On peut distinguer trois mémoires:
a) La mémoire immédiate détecte en temps réel les évènements sonores
b)
La mémoire à court terme (6-7 secondes)
permet d'identifier des mélodies et figures simples
c) La mémoire réfléchie (mémoire à long terme) classe et organise les informations en même temps que se déroule la musique, elle les globalise et en dégage une structure. La musique se déroule dans un temps linéaire, mais la perception auditive ne se fait pas dans cette linéarité: la mémoire réorganise le temps. Au moment de l'audition de l’œuvre musicale, la mémoire réfléchie ne s'attache pas seulement au passé (c’est-à-dire à la partie déjà écoulée du discours musical) mais elle se projette dans le futur, et anticipe ce qui n’a pas encore été entendu - ce qui lui permet de retenir et d'organiser ce qui s'est écoulé. L'auditeur prend soudain conscience de toutes les connexions structurelles du morceau, de la place de chaque détail dans l’ensemble de son architecture formelle. Ce mode de perception n'est possible que lorsque la musique fait référence à des structures préétablies (phrases, thèmes, développements, cadences, alternances de tensions et de détentes créés par l'harmonie, reprises) et qu'elle est construite sur une conception du temps réversible, basé sur le souvenir et l'anticipation
«La première mesure d’un mouvement de
symphonie de type classique est perçu seulement quand on a entendu aussi la
dernière, qui justifie la première mesure ". On a alors "l’illusion de la suspension
temporelle, c’est-à-dire
l’illusion que certains mouvements de symphonie ... ne durent pas sept ou
quinze minutes, mais – si bien exécutés – un seul instant", Théodore
Adorno, Philosophie de
II - LE TEMPS MUSICAL AVANT LE XXe SIECLE
A) Le temps éternel: Le chant grégorien
Le chant grégorien est un chant de prière louant le dieu chrétien. Il est composé d’une seule et même mélodie chantée par un ensemble de moines. Il n’y a pas de pulsation, le rythme est non mesuré, souple et suit la courbe naturelle de mélismes (plusieurs notes pour une syllabe) plus ou moins longs
L’absence
de mesure, de pulsation et de temps mesuré fait qu’il symbolise l’éternité de
Dieu.
Lors de l’apparition de la musique mesurée au XIIe siècle (en même temps que l’invention de la polyphonie), les conservateurs (qui s’opposaient à l’utilisation de mélodies grégoriennes dans la polyphonie naissante déclaraient que mesurer la musique signifiait la quantifier et la marchander (à l’image des marchands dans le temple de Dieu), ainsi que son contenu religieux. Le répertoire du plain-chant (ou chant grégorien) était tout le contraire: uniquement mesuré sur le texte et détaché de toute contrainte rythmique rationnelle, il symbolisait l’éternité de Dieu. C’étaient ce Dieu et ce temps éternel que Saint Augustin (354-430) louait dans ses Confessions. D’après lui, Dieu a créé toutes les créatures y compris le temps, il n’y a donc pas d’avant le temps, ni d’avant le ciel et la terre. Le monde et sa création baignent dans une «éternité permanente».
B)
La
rationalisation du temps au XIIIe siècle et sa complexification au XIVe
a) Les modes rythmiques au XIIIe siècle: Pour faire évoluer deux voix ensemble, il fallait inventer un système rationnel de mesure, un point de repère fixe et régulier qui sert de référence aux deux voix: la pulsation était née (XIIe siècle). Au XIIIe siècle, la systématisation de la pulsation est telle qu’on utilise des modes rythmiques:

Dans le motet J’ai trové qui me veut amer du XIIIe siècle, un mode rythmique est principalement utilisé dans la voix de teneur qui est basée sur une mélodie grégorienne empruntée, ici la mélodie In saeculum:

b) L’ars nova et ses complications rythmiques: Ars nova (par opposition à Ars antiqua qui caractérise la musique du XIIIe siècle) veut dire science nouvelle et s’applique à la musique du XIVe siècle. A cette époque une des préférences les plus raffinées des compositeurs était d’utiliser des rythmes des plus complexes. On observe à cette époque l’utilisation de l’écriture isorythmique littéralement = même rythme. Il s’agit en quelque sorte de l’élongation du principe des modes rythmiques de l’ars antiqua: une phrase rythmique plus ou moins longue est enchaînée bout à bout en boucle à la voix de teneur. Cette phrase rythmique se présente sur des notes d’une mélodie (empruntée au répertoire grégorien, souvent) qui n’a pas forcément la même longueur que la phrase rythmique: d’où l’apparition de décalages entre la mélodie et la phrase rythmique. L’écriture isorythmique est une manière très abstraite et intellectuelle d’aborder la musique, elle illustre à un degré élevé la systématisation jusqu’à l’excès du rythme mesuré, du rythme «pour le rythme».
Exemple: Motet Puis que la douce rousee de Guillaume de Machaut (v.1300-1377)
C) Le temps musical classique (XVIe au XIXe siècles)
A
Ces changements dans le solfège s’accompagnent d’une conception de temps
musical se rapprochant de celui de la narration et de la danse: du XVIe aux
début du XXe siècle, la musique est pensée comme une histoire qu’on raconte
avec un début, un milieu et une fin. La succession temporelle des évènements
musicaux se fait selon un mode narratif classique. L’utilisation de thèmes
dans un contexte tonal sont des points de repères très importants permettant à
la mémoire de conceptualiser le déroulement temporel de l’œuvre. «La conscience de succession s’accomplit
avec la distinction nette des mouvements successifs» Husserl (1859-1938)
Exemple: 1er
mouvement de la sonate en do majeur de Mozart K.545. Cette pièce de forme
sonate fait évoluer une structure en trois parties: exposition, développement
et réexposition. Ce sont les deux thèmes principaux (énoncés lors de
l’exposition) et leur jeu de répétition, mais aussi les repères harmoniques
clairs et fermes (début dans le ton de la tonique, fin de l’exposition dans
le ton de la dominante, nombreuses modulations dans le développement, et fin de
la pièce à nouveau dans le ton de la tonique) qui donnent à ce mouvement son
caractère temporel linéaire, classique et humain. Humain car le schéma
introduction - milieu - conclusion nous renvoie au déroulement de notre propre
vie: jeunesse – âge moyen – mort.
A) La perte des points de repère traditionnels: L’école de Vienne: Arnold Schönberg (1874-1951)
* On assiste, vers la fin du XIXe dans les pays germaniques à une surenchère expressionniste de l’expression romantique caractérisée principalement par:
* Une perte progressive du sentiment tonal par un chromatisme excessif (voir le Prélude de
l’opéra Tristan et Iseult de Richard Wagner (1813-1883).
* Des modulations incessantes à des tons très éloignés (symphonies de Gustav Mahler (1860-
1911), Klavierstücke de Johannes Brahms (1833-1897) affaiblissant une sensation tonale
stable.
* Le monde musical germanique est donc confronté à l’épuisement de la musique romantique. Il faut absolument trouver d’autres voies pour régénérer cet art, sinon voué à la caricature de lui-même. Certains explorent les limites de la tonalité (Scriabine (russe 1872-1915)), d’autres décident de faire table rase du passé:
* Les compositeurs Arnold Schönberg (1874-1951), autodidacte, compositeur central dans ce qu’on appelle la «seconde école de Vienne» dont faisaient aussi partie Anton Webern (1883-1945) et Alban Berg (1885-1935), la «première» école de Vienne étant constituée des classiques Mozart, Haydn et Beethoven.
* Schönberg, après constat de l'épuisement du système tonal, mit fin à ce système pour en construire un autre, bâti de toutes pièces, fondé sur l’atonalité absolue. Il n’y a plus de degrés, de dominante, de tonique, de modulations, etc... toutes les notes sont considérées à égalité, hors de toute échelle.
* L’atonalité mènera à l’athématisme (absence de thème) et à l’absence de répétitions. Notre psychologie d’écoute, lié au sentiment tonal et habituée aux répétions et autres «retours» de thèmes s’en trouve profondément modifiée voire perturbée.
* Par conséquent la perte des points de repère traditionnels que sont la tonalité, le thématisme et la pulsation régulière amènent les œuvres du XXe à se confronter à un nouveau rapport au temps musical. Le rapport au temps musical est profondément bouleversé: il est difficile, à l’écoute de prédire ce qu’il va se passer, ou d’indiquer si la fin de la pièce est proche ou pas, etc...
* La forme musicale dans la musique dodécaphonique, vise à l’instauration d’une temporalité irréversible, c’est à dire une temporalité dans laquelle la mémoire réfléchie (voir plus haut) est beaucoup moins sollicitée. Cette temporalité particulière est liée aux caractéristiques de la musique sérielle : imprévisibilité, discontinuité, monde sonore d'où sont bannis la thématique, les retours et répétitions rythmiques ou mélodiques
«La pensée sérielle dérive d’une réaction totale
contre la pensée classique, qui veut que la forme soit pratiquement une chose
préexistante, ainsi que la morphologie générale. Ici, il n’y a pas d’échelle
préconçue, c’est-à-dire des structures générales dans lesquelles s’insère une
pensée particulière ; en revanche, la pensée du compositeur, utilisant une
méthodologie déterminée crée les objets dont elle a besoin et la forme
nécessaire pour les organiser, chaque fois qu’elle doit s’exprimer. La pensée
tonale classique est fondée sur un univers défini par la gravitation et
l’attraction ; la pensée sérielle sur un univers en perpétuelle expansion»,
p. 297. P. Boulez, Relevés d’apprenti,
Seuil, Paris 1966
Mots-cléfs:
Atonalité:
Pratique de composition apparue au début du XXe dans laquelle on évite toute
tonalité en écartant les polarités et hiérarchies propres au langage tonal.
Dodécaphonisme:
Technique de composition dans laquelle les 12 sons de la gamme sont traités à
égalité sans hiérarchie ni attraction entre eux.
Exemple: Pièce Opus 11 n°3 Bewegt
"mouvementé" d’Arnold Schönberg (1874-1951)
* c’est une pièce révolutionnaire et tournée vers l'avenir.
* une écriture très virtuose
* elle est totalement athématique (sans thème)
* elle est écrite selon le principe de non répétition
* elle est constituée d’agrégats défiants toute loi tonale
* elle constitue une ouverture vers la forme
"ouverte" (forme non déterminée qui change à chaque
exécution)
en sorte de constante improvisation
L’athématisme,
la non répétion et l’absence de repères harmoniques implique une absence de
perception du temps linéaire
B) L’exploration de nouveaux langages musicaux: Claude Debussy et Igor Stravinsky
a) Claude Debussy (1862-1918): Dans ses Préludes pour piano, Debussy capte un instant et le dégage de toute perspective temporelle. Dans le temps Debussyste, la juxtaposition des idées musicales implique un déni du sentiment de durée. Par ailleurs «le statisme et la phobie du développement discursif ont trouvé dans le prélude la forme privilégiée» (Vladimir Jankélévitch, à propos des Préludes de Debussy)
Exemple: Voiles (Prélude
pour piano n°2 du Livre I)
* C’est un véritable chef d’œuvre impressionniste. C’est un de ces préludes décrivant un objet humain enlacé, plongé et soumis aux éléments naturels. Ces voiles révèlent la forme d’un vent calme et doux qui, par essence, n’a pas de contours. Debussy a su rendre en musique l’immatérialité de ce vent.
* Un motif parcourt toute la pièce (mesure 1 et 2). On peut le considérer comme un thème (car il est clairement caractérisé et on l’entend à plusieurs reprises) mais ses répétitions ne provoquent pas un sentiment de progression temporelle dans la mesure où il n’est pas développé ni varié.
* Gamme par ton (dès le motif du début, mais aussi dans les fusées de la dernière page). Cette gamme est par définition une gamme sans point de repère dans laquelle aucune note n’est plus importante qu’une autre. L’absence d’alternance de tons et de ½ tons provoque une absence de pôle tonal ou modal
* Malgré cette absence de pôle tonal ou modal, Debussy donne une importance à une note particulière: on observe une pédale de sib dans le grave du piano pendant toute la pièce. Accentuée par le phénomène acoustique de résonance du piano (plus la note est grave, plus elle résonne), elle provoque un halo sonore impressionniste, censé se rapprocher de l’image d’une voile flottant lentement dans le brouillard.
Ces deux caractéristiques (gamme par ton, pédale résonnante de sib dans le grave) permettent à Debussy d’évoquer de manière tout à fait poétique et impersonnelle (pas de sentiments humains ici) un instant (donc hors du temps) où l’on observe des voiles flotter. Il y a une absence de progression temporelle et un déni du sentiment de durée.
b) Igor Stravinsky (1882-1971): Le sacre du printemps
Ballet créé en 1913, dont l’accueil fut un scandale mémorable, Stravinsky raconte la façon dont lui est venue l’idée du Sacre «Il avait eu soudain la vision d’un grand rite sacral païen, avec de vieux sages assis en cercle observant la danse à mort d’une jeune fille qu’ils sacrifient pour leur rendre propice le Dieu du printemps» (Guide de la musique pour orchestre, p.770).
* La question du temps musical dans cette œuvre ne se pose pas de la même manière que pour Voiles de Debussy. Voulant rendre l’idée et l’atmosphère d’une nature grouillante et fourmillante, Stravinsky utilise des combinaisons de rythmes extrêmement complexes entre les instruments pour brouiller toute idée de pulsation.
* Dans
cette même perspective, noter comme il déplace l’accent des accords répétés (Danse
des adolescentes à 3’20) pour le placer toujours de manière irrégulière.
C) Une approche très personnelle du temps en musique: Le quatuor pour la fin du temps d’Olivier Messiaen
Le terme quatuor désigne une œuvre pour 4 instruments. Le genre Quatuor à cordes, tel qu’il a été établi à la fin du XVIIIe siècle par Haydn (1732-1809), concerne des pièces pour quatre instruments à cordes (2 violons, un alto, un violoncelle), traités selon un principe d’égalité. De même que la symphonie ou le concerto, le quatuor se présente le plus souvent en quatre mouvements: Allegro – Andante – Menuet – Allegro.
La thématique abordée dans le Quatuor pour la fin du temps
Dans son quatuor pour la fin du temps, Messiaen se démarque du classicisme. La forme générale est en huit mouvements qui obéissent à un programme inspiré par l’Apocalypse (partie finale de la bible qui décrit le monde à la fin des temps, lorsqu’aura lieu le Jugement dernier au cours duquel les âmes seront séparées selon le bilan de leur vie terrestre), et non aux structures habituelles.
La formation
(violon, clarinette, violoncelle et piano), résulte des conditions
particulières propres au camp de détention où se trouvait le compositeur en
1940. Infirmier fait prisonnier à Görlitz en Silésie (région aujourd’hui à
cheval entre
1908: Naissance à Avignon. Sa mère était poète. Débute le piano à 6 ans.
1918-29: Etudes au Conservatoire de Paris pendant 11 ans. S’intéresse aux modes et rythmes extra européens.
1931:
Titulaire de l’orgue de l’église de
1940:
Détention à Görlitz. Composition du Quatuor
pour la fin du temps
1942: Nommé professeur d’harmonie au conservatoire, puis d’analyse
1952: S’intéresse de plus en plus à l’ornithologie
Messiaen est un compositeur catholique très engagé.
1941: Quatuor pour la fin du temps 1944: Vingt regards sur l’enfant Jésus (piano seul)
1956-58: Catalogue d’oiseaux (piano seul) 1964: Couleurs de la cité céleste (petit orchestre)
1983: St François d’Assise (Opéra)
A)
Les modes
Messiaen utilise les intervalles de la musique tempérée, c’est à dire qu’il n’a quasiment jamais utilisé les ¼ de tons). S’il va de soi que la musique de Messiaen n’est pas tonale, elle n’est pas dodécaphonique ni sérielle non plus mais utilise des modes et des accords pour leur couleur particulière (c’est l’influence de Debussy). Messiaen a inventé et/ou répertorié des modes dits à transposition limitée au nombre de 7 appelés tels car ne pouvant être transposés qu’un nombre limité de fois (au contraire du mode de do, le do majeur traditionnel pouvant être transposé sur les 12 ½ tons).
Mode 1: C’est la gamme par tons très utilisée par Debussy et par conséquent peu par Messiaen
Mode 2: Il alterne les tons et les demi-tons
Chaque mode génère des accords particuliers. A noter l’importance du triton dans tous les modes (3 tons à partir de la fondamentale, ici do-fa#)

B)
Le rythme
Influencé par le Sacre du printemps de Stravinsky (pièce pour orchestre de 1914 dans laquelle Stravinsky utilise des rythmes tout à fait nouveaux, irréguliers et chaotiques) mais aussi par le chant grégorien duquel il tire l’idée de rythmes non mesurés ni pulsés, se définissant autour de valeurs longues et brèves.
A)
Sa foi
De parents non croyants, Messiaen devient et restera un croyant sincère et absolu. Sa musique est très fréquemment jalonnée de références bibliques.
B) Les chants d’oiseaux
Pour Messiaen, la nature est l’une des manifestations du visage de Dieu, et il considérait les oiseaux comme des «messagers du ciel». Dans le Quatuor pour la fin du temps, Messiaen utilise les chants d’oiseaux pour la première fois. Il systématisera leur utilisation à partir des années 1950 (Catalogue d’oiseaux). Les oiseaux utilisant des intervalles plus petits que le demi ton, Messiaen «triche» en agrandissant leur intervalles jusqu’au ½ ton
B)
Les couleurs
Messiaen «voyait» les sons sous forme de couleurs bougeant et se mélangeant au fur et à mesure du développement d ‘oeuvre
La
notion de temps dans le Quatuor pour la fin du temps
La
remise en question d’un temps clairement mesuré, du tempo, de perceptions rythmiques
liées à une pulsation, sera une préoccupation majeure de Messiaen. Souvent il
cherche à gommer la sensation de temps. Il semble vouloir suspendre le
déroulement du temps, nier le temps biologique pour créer un temps propre, un
temps interne à l’œuvre, mais un temps presque immobile. L’objectif est de
rapprocher «l’auditeur de l’éternité dans l’espace ou l’infini» (MP.Deram et C.Ormeggi)
«Musicien, j’ai travaillé le rythme. Le rythme est, par essence, changement et division. Etudier le changement et la division, c’est étudier le Temps. Le Temps - mesuré, relatif, psychologique - se divise de mille manières, dont la plus immédiate pour nous est une perpétuelle conversion de l’avenir en passé. Dans l’éternité, ces choses n’existeront plus. Que de problèmes ! Ces problèmes, je les ai posés dans mon Quatuor pour la fin du temps. Mais à vrai dire, ils ont orienté toutes mes recherches sonores et rythmiques depuis une quarantaine d’années» O.Messiaen
Rajoutons enfin qu’en dehors du rythme, le langage harmonique de Messiaen, privé des classiques relations dominante / tonique contribue aussi à perdre la perception du temps
DANSE DE
«Rythmiquement, le morceau le plus
caractéristique de la série. Les quatre instruments à l’unisson affectent des
allures de gongs et trompettes (les six premières trompettes de l’Apocalypse
suivies de catastrophes diverses, la trompette du septième ange annonçant
consommation du mystère de Dieu) Emploi de la valeur ajoutée, des rythmes
augmentés ou diminués, des rythmes non rétrogradables. Musique de pierre,
formidable granit sonore ; irrésistible mouvement d’acier, d’énormes blocs
de fureur pourpre, d’ivresse glacée (...)»
Messiaen, préface du
quatuor.
* Tous les instruments jouent donc à l’unisson, il n’y a par conséquent pas d’harmonie. Ils jouent presque toujours ensemble.
Le thème de départ se caractérise par:
a) La gamme par tons (do - (ré) - mi - fa# - sol# - sib) sans le ré et avec un si bécarre considéré comme note de passage.
b) L’emploi des rythmes à valeur ajoutées: le principal effet des double croches isolées est d’éviter l’émergence d’une pulsation régulière:

Plus tard on remarque
l’utilisation des diminutions ou augmentations rythmiques. Les mêmes
notes (fa, do#, la) sont jouées avec des rythmes à proportion égale à des
vitesses différentes:

D)
Les ambiguïtés de la perception du temps: Atmosphères
de Gyorgy Ligeti
Compositeur hongrois né en 1923, il émigre en Allemagne de l’ouest en 1956. Après quelques expériences en ce sens, il se détourne du sérialisme et de la musique électroacoustique pour se forger son propre style. Atmosphères pour grand orchestre est écrit en 1961. C’est une œuvre qui renonce à la notion d’intervalles et de profils rythmiques perceptibles.
* Il y a 89 instruments (dont 56 cordes) et autant de parties réelles (chaque instrument a sa propre partie écrite)
* La perception du temps musical est brouillée par une illusion sonore: l’oreille perçoit une absence de mouvement - donc de temps – c’est à dire un certain statisme alors que les parties instrumentales fourmillent de notes rapides.
E)
L’éclatement du temps dans la forme ouverte: Klavierstücke
XI de Karlheinz Stockhausen - Pierre Boulez
* Dans le Klavierstücke n°XI (1956)
de Karlheinz Stockhausen (allemand, né en 1928), la notion de temps est
complètement éclatée. Le pianiste a devant lui une grande partition avec
plusieurs fragments de notes sur portées. Il doit les jouer dans l’ordre qui
lui convient, et quand il retombe pour la 3e fois sur le même
fragment, une des réalisations possibles de l’œuvre est achevée. Ce qui
fait que l’œuvre n’est jamais la même, sa forme est dite ouverte.
* Il en va du même principe
dans la 3e sonate de Pierre Boulez (né en 1925), figure marquante de
la musique contemporaine française
ARVO
PÄRT
“Miserere” (1989, revu en 1992)
“Cantus
in memory of Benjamin Britten” (1977-80)

« Jouer une seule note avec beauté est
suffisant. Si l’on y parvient, il n’y a plus rien à ajouter. C’est le mystère
de la musique» Arvo
Pärt
BIOGRAPHIE
Arvo Pärt est né le 11 septembre 1935 à Paide, une petite ville se trouvant au sud-est de Tallinn, capitale de l’Estonie, état de l’URSS à l’époque. Ses parents se séparèrent quand il eut trois ans. Sa mère vint habiter à Rakvere (une petite ville à l’est de Tallinn). Là, il prit des cours de musique. A la maison, il y avait un grand piano russe. On lui donna aussi des cours de littérature. Très jeune, il écoute les concerts symphoniques à la radio. Il a commencé à composer à l’âge de 14 ou 15 ans. Sa première prestation publique d’une de ses œuvres a eu lieu alors qu’il avait 17 ans: il joua une pièce pour piano nommée Melodia, dans le cadre d’un concours qu’il ne gagna pas. Le jury sentait plus l’influence de Rachmaninov que celle des musiques d’Estonie. En 1953, la mort de Staline va permettre plus de libertés. En 1954, Pärt commença un cycle de cours d’analyse, de théorie, de piano et d’ethnomusicologie dans une école de musique de Tallinn. Ces cours furent interrompus par un service militaire de deux ans pendant lesquels il joua du hautbois et des percussions dans une fanfare. Il est admis au Conservatoire de Tallinn en 1957. Il a comme professeur, notamment, Heino Eller. Il en sera diplômé en 1963. Pendant ses études, il est aussi ingénieur du son à la radio. Les influences musicales se partagent entre les œuvres néoclassiques de Chostakovitch et de Prokofiev ainsi que les œuvres dodécaphoniques de Krenek et sérielles de Webern ou de Boulez.
Les premières œuvres (années 1960)
Durant les
années 1960, Pärt donna dans l’avant-garde. Nekrolog (1960-61), sa
première pièce orchestrale, est fondée sur la technique dodécaphonique. Dans ce
sillage, se situe
L’influence du chant
grégorien et des polyphonies de la renaissance (années 1970 et après)
Des doutes envahissent le compositeur qui s’était jusque là voué à l’avant-garde. Lors d’une interview à la radio estonienne en 1968, il déclare en effet:
«Je ne suis pas sûr qu’il y ait de progrès en art. Cela a un sens dans la science. Chacun peut comprendre ce que signifie le progrès dans les techniques de guerre. L’art présente une situation plus complexe, beaucoup d’éléments du passé peuvent apparaître plus contemporains que notre art présent»
A partir des années 1970, il étudie avec ferveur le chant grégorien, les premiers polyphonistes tels Pérotin et notamment son Viderunt Omnes, l’Ars Nova (Guillaume de Machaut), les grands maîtres franco-flamands du XVème siècle, Ockeghem, Obrecht, Josquin Desprez et enfin, pour le XVIème siècle, Palestrina. Il découvre également la musique orthodoxe. Cette découverte du chant grégorien eut sur Arvo Part l'effet d'un véritable choc, lui faisant découvrir qu'une simple monodie peut être plus riche que la plus savante des polyphonies. Il consacra beaucoup de temps à l'étude du développement des premières polyphonies qui succédèrent au chant grégorien, depuis l'organum médiéval et l’Ars Nova jusqu'à l'apogée de la polyphonie franco-flamande. Arvo Part se détacha non seulement de la technique sérielle (qu'il considère aujourd'hui comme un facteur esthétiquement et éthiquement négatif) mais aussi des autres types de musiques modernes axés sur la complexité. Il leur substitue un choix à la fois culturel et éthique : retrouver dans la simplicité une universalité du langage qui contribue à la réunification du moi, éviter tout ce qui divise, disperse ou camoufle. Il qualifie de «cosmétiques» les complexités (harmonie savante, écritures contrapuntiques, constructions inutilement compliquées) qui cachent la vacuité du contenu. La richesse de celui-ci doit pouvoir s'exprimer au niveau de la monodie sans être occultée par le traitement cosmétique.
« Je souhaitais sortir du ghetto du sérialisme, l’arsenal bien rempli du langage musical moderne avait cessé de m’inspirer, il était même en train de m’empoisonner. Ce genre de compositions convient particulièrement à ce monde plein de conflits. Moi, je voulais me libérer de tout cela. Il y a en général quelque chose de terroriste dans l’art actuel. La destruction y a pris une place considérable, que ce soit comme commentaire ou reflet de l’actualité, ou comme prise de position agressive. Trop de gens s’amusent aujourd’hui avec la destruction…» (A.Pärt)
«Ce monde musical nouveau, non conflictuel, totalement étranger aux réalités qui l'entourent, que ce soient celles du communisme soviétique d'hier ou du capitalisme d'aujourd'hui si riche d'échecs et d'aliénations, offre aux pèlerins fatigués de l'art moderne la séduction des refuges. Est-ce le lieu d'une véritable révélation ou simplement une réaction de type écologique vis-à-vis d'une évolution dont on acceptait aveuglément qu'elle ne pouvait aller que dans le sens du progrès ? Un musicien venu d'un de ces pays Baltes où la nature occupe une grande place dans la vie des hommes, fait repousser aujourd'hui les fleurs simples de la jeunesse de la musique occidentale et cette simplicité révèle une dimension que l'on croyait perdue. Nous rappelant ainsi qu'il n'y a pas d'automatisme du progrès en art, la musique d'Arvo Part est à la fois postmoderne et postreligieuse. En écoutant le silence du temps, c'est aussi le silence des dieux qu'elle fait entendre, réveillant en nous toutes les nostalgies spirituelles: l'unité, le sens du sacré, l'éternité... »
Extrait de «La musique du XXe siècle en Russie» par F. Lemaire p. 453 à 457. Editions Fayard, les chemins de la musique.
Comme de tout
ce qui a trait à l'Estonie, les Français sont en général fort ignorants de ce qui
concerne la musique estonienne. Encombrés par une slavophilie impénitente, ils
ne parviennent guère à se faire à l'idée que la personnalité estonienne possède
des caractéristiques qui la différencient radicalement de celle de
Ce qui caractérise le mieux la musique estonienne est sans conteste la place de premier plan donnée au chant choral et cela d'une manière spécifique que l'on ne trouve nulle part ailleurs. Le chant choral, tel qu'il est pratiqué en Estonie, est avant tout une manifestation de l'identité nationale et de la défense de la langue estonienne devant les tentatives de russification. Les Estoniens chantent parce qu'ils sont estoniens et que c'est là le meilleur moyen pour eux de s'affirmer en tant que tels. L'éducation musicale est dispensée dès le plus jeune âge dans les écoles avec un souci de perfection unique en son genre. Une caractéristique des chœurs estoniens est une sonorité qui diffère sensiblement de ce que l'on peut entendre des chœurs venant d'autres pays. Ce son spécifique est dû au fait que la langue estonienne projette naturellement la voix en avant, donnant ainsi une couleur réverbérée que l'on ne trouve ailleurs qu'en Finlande, les langues estonienne et finnoise étant très proches dans leurs caractéristiques. Cette sonorité si particulière donne à la musique populaire estonienne une couleur sonore unique qui la distingue de toutes les autres. Cette musique, d'une extrême richesse, prend sa source dans les mythes ayant précédé la christianisation tardive du pays ; elle est liée à la nature primitive par ce qu'elle a de plus profond.
Mystique, le compositeur a énormément produit dans le domaine sacré et principalement dans la tradition latine: Stabat Mater, De Profundis, Miserere, Te Deum, Credo. Cette création de musiques religieuses est tout à fait exceptionnelle pour un contemporain. L'utilisation de la voix humaine et le choix des titres peuvent donner à penser que c'est dans la foi religieuse que gît la clé de cette musique et de la personnalité d'Arvo Part. Celui-ci se défend cependant de tout prosélytisme religieux et l'on cherchera vainement dans sa musique les références théologiques d'un Olivier Messiaen. Les oeuvres d'Arvo Part ne sont pas porteuses d'un message ou d'une pensée, ni du reflet d'une foi personnelle profonde. Apparemment religieuse, son inspiration est surtout issue d'un intérêt d'ordre culturel et esthétique pour des formes de musique qui répondent parfaitement à ce qu'il recherche : une simplicité allant au cœur des choses et porteuse d'une réconciliation unificatrice alors que les musiques postromantiques, sérielles en particulier, sont essentiellement conflictuelles. Le fait que cette musique soit aussi, historiquement, religieuse n'est donc ici qu'un élément secondaire.
La vérité découverte dans les monodies
grégoriennes, les premières polyphonies puis dans celles de Machaut et Josquin
ne relève pas du domaine de la foi mais de celui de la musique: l'essentiel se
trouve ici dans la simplicité, une simplicité qui peut s'avérer infiniment
riche, apportant aux interrogations non pas une réponse, mais une sérénité.
Cette postmodernité de la musique est donc aussi une postmodernité de la foi.
Dans le domaine des questions sans réponse, la sagesse est d'approfondir les
questions et non de prétendre aux réponses. Arvo Part apparaît ainsi comme le
musicien religieux de l'homme du XXle siècle à la recherche d'un Dieu mort de
son propre silence.
Œuvres majeures
-1963 : Symphonie n°1
-1968 : Credo.
-1977 : Cantus in memoriam of
Benjamin Britten, pour orchestre de cordes et cloche.
-1980 : De Profundis, pour
chœur d’hommes, orgue et percussion.
-1985 : Stabat Mater, pour
trois solistes et cordes.
-1988 : Festine Lente, pour
orchestre à cordes et harpe.
-1989: Miserere, pour solistes, chœur, orgue, cloche et divers instruments, Magnificat, pour solistes et chœur.
A retenir:
* Compositeur estonien, né en 1935. L’Estonie est annexée par l’URSS de 1939 à 1991.
* Ingénieur du son à la radio estonienne dans les années 1960
* Dans les années 60, Pärt compose dans le style sériel dans la vague de l’époque (comme le compositeur
français Pierre Boulez par exemple), c’est à dire dans un style très complexe issu des découvertes d’Arnold Schönberg
* Après une période de réflexion et une influence grandissante du chant
grégorien, de l’organum du XIIIe siècle et des polyphonies médiévales
(Guillaume de Machaut) et de
* Pärt a énormément produit dans le domaine sacré et principalement dans la tradition latine: Stabat Mater, De Profundis, Miserere, Te Deum, Credo. Cette création de musiques religieuses est tout à fait exceptionnelle pour un contemporain. Même si elle est très souvent religieuse, l’œuvre Pärt n’est pas prosélyte, elle ne cherche pas à convertir qui que ce soit. Cette prédilection pour les œuvres religieuses lui a valu des problèmes avec la censure soviétique.
* On retiendra comme œuvres majeures le Credo (1968), Für Alina, (1976, première œuvre dans le style tintinnabulum), le Cantus in memory of Benjamin Britten (1977), le Miserere (1989).
ELEMENTS DU
LANGAGE D’ARVO PÄRT
On retiendra 8 éléments: le minimalisme, le style tintinnabulum, le mélodisme, l’harmonie et la modalité, le silence, le rythme, la lenteur et le timbre.
Le minimalisme: A la surcharge d’évènements caractéristique de la musique sérielle, Pärt répond par une simplicité. «Il faut se limiter et se réduire le plus possible, aussi bien à l’intérieur de soi que dans ce qui nous entoure» (A.Pärt). On retiendra: l’emploi de très peu de notes et une échelle modale unique.
Le style tintinnabulum: A partir de 1976, Pärt utilise, style qu'il nommera "tintinnabulum", du nom de la petite cloche ou d’un ensemble de grelots accrochés à l’orgue portatif au moyen-âge. Arvo Pärt créé au milieu des années 1970 un style minimaliste qui donne toute son importance au silence qu’on appelle «style tintinnabulum» en se fondant sur deux des aspects les plus fondamentaux de la musique tonale, la gamme et l’accord parfait. Ce faisant, il renonça toutefois délibérément à la succession linéaire de moments de tension et de détente – qui, dans le système tonal, s’obtient principalement au moyen de modulations – et inventa une sorte de « tonalité continue » qui a parfois été appelée « modale » et que l’on a fréquemment rapprochée de la musique médiévale. Cette musique donne à entendre le son continu d’un unique accord parfait, exprimé ou sous-entendu, un peu à la manière d’une cloche qui continue à sonner longtemps après l’émission de la note; c’est cette qualité qui amena Pärt à baptiser ce style tintinnabuli. «Je travaille avec très peu d’éléments - avec une voix, avec deux voix. Je construis avec les matériaux les plus primitifs - avec l’accord parfait, avec une tonalité spécifique. Trois notes d’un accord sont comme des cloches. Et c’est pourquoi j’appelle cela tintinnabuum».
Für Alina (1976) est la première mettant en œuvre le style tintinnabuli. « C’est dans cette pièce que j’ai découvert les séries d’accords parfaits dont je fis ma règle très simple de fonctionnement ». « La tintinnabulation est un espace où j’erre parfois quand je cherche des réponses – dans ma vie, dans ma musique, mon travail. Dans mes moments les plus difficiles, j’ai le sentiment très fort que rien d’autre n’a de sens. Je ne dois rechercher que l’unité, la complexité et la diversité me perturbent. (…) Des traces de cette chose parfaite apparaissent sous diverses formes et tout ce qui est secondaire disparaît. La tintinnabulation est ainsi… Les trois notes de l’accord sont comme des cloches ; c’est ce que j’appelle la tintinnabulation. »
Définition: Style musical inspiré des premières polyphonies médiévales (organum et de Guillaume de Machaut). Tonal mais sans modulations, sans chromatisme, donnant une grande importance au silence et gravitant autour des trois notes d’un seul accord parfait mineur. (exemple, verset III au début du Miserere: accord de mi mineur avec les trois notes mi-sol-si)
Mélodisme: La conduite mélodique de Pärt est d’une grande simplicité. Elle est fondée la plupart du temps sur des notes répétées et des cellules conjointes. Utilisation également du recto tono, c’est à dire une manière de chanter empruntée au chant grégorien dans laquelle la mélodie ne se déploie que sur une note ou deux (comme au verset III du Miserere). Les mélodies sont diatoniques, c’est à dire qu’il n’y a pas de chromatisme.
Harmonie / Modalité: Tournant le dos aux musiques sérielles et atonales, Pärt renoue à partir des années 70 avec une musique hyper tonale. Souvent la même tonalité est maintenue tout au long d'une œuvre, comme par exemple le fa mineur durant les trente-cinq minutes que dure le Miserere. Il n’y a pas de modulations et on parle alors de statisme harmonique. L’harmonie n’est pas fonctionnelle, c’est à dire qu’elle n’est pas structurée selon le principe tension-détente de la musique classique et romantique. Par ailleurs, Pärt utilise souvent la même échelle modale.
« Dans sa musique, Pärt prend le son de l’accord parfait comme un phénomène naturel. Cet accord a peu à voir avec une structure tonale : pas de sens de la modulation ou de la tension et détente associé à l’harmonie tonale dans sa musique. C’est simplement l’émission d’un son construit autour d’une note centrale. La musique ne se développe pas ( au sens usuel du terme) , elle s’étend et se contracte, en clair elle respire». (Paul Hillier)
Le silence: Contrairement à John Cage qui utilise le silence pour laisser survenir un événement quelconque (voir l’œuvre «4 minutes 33’», le silence chez Pärt est un instant très important de méditation et d’interrogation. « (…) [le silence] nous est donné pour que nous nous nourrissions de lui. Cette nourriture ne nous est pas moins précieuse que l’air (…). Un compositeur doit parfois attendre très longtemps que vienne la musique. Cette attente recueillie, c’est précisément la pause que j’aime tant».
Rythme: Les rythmes sont peu variés et simples. Les mesures changent souvent pour brouiller la sensation de pulsation. Pärt s’inspire des modes rythmiques du XIIIe (voir début du cours) et du hoquet (procédé d’écriture utilisé au XIVe siècle dans lequel les parties se répartissent une mélodie une à une et note par note)
Timbre: Pärt marque nettement sa préférence pour les instruments acoustiques et la voix. Il n’utilise que très rarement des instruments électroniques.
Cette oeuvre a été composée durant les années 1988-1989 en Finlande, en France à Etrepany et à Berlin durant les années 1988-1989. Elle est dédiée à Paul Hillier et à l’ensemble Hilliard. La création a eu lieu à l’abbaye Saint-Georges de Saint-Martin-de-Boscherville, le 17 Juin 1989, par le Western Wind Choir et The Hilliard Ensemble, sous la direction de Paul Hillier.
L’effectif se compose de cinq voix solistes, d’un chœur mixte et d’un ensemble instrumental (hautbois, clarinette, clarinette basse, basson, trompette, trombone, guitare électrique, basse électrique et percussions).
Cette œuvre comporte le texte du Miserere auquel s’incorpore celui du Dies Irae. Ce dernier est issu du genre du Requiem, qui est une messe des morts. Le texte du Miserere se découpe en versets (I à XXI), celui du Dies Irae en strophes (1 à 8). On observe 4 grandes sections, agrémentées de 4 interludes instrumentaux:
A
- Miserere, trois premiers versets (III à V) - Solistes et instruments
B
- Dies Irae , sept premiers vers - Chœur et tutti orchestral
C
- Miserere, seize versets restants - Solistes et instruments
D - Dies Irae (Rex Tremendae) - Chœur, Soprano et Alto solistes, orchestre.
|
|
Page |
Chiffre |
Minutage |
A - Miserere Versets III-V
|
1 |
Avant le chiffre 1 |
0’00 |
B - Dies Irae Strophes 1-7
|
7 |
10 |
5’47 |
|
C - Miserere
Versets VI-VIII |
26 |
18 |
9’05 |
|
Interlude instrumental n°1 |
28 |
24 |
13’00 |
|
Miserere
Versets IX-XI |
29 |
25 |
13’52 |
|
Interlude instrumental n°2 |
31 |
31 |
17’00 |
|
Miserere
Versets XII-XIV |
33 |
32 |
17’47 |
|
Interlude instrumental n°3 |
36 |
35 |
20’45 |
|
Miserere
Versets XV-XIX |
40 |
37 |
22’17 |
|
Interlude instrumental n°4 |
50 |
46 |
27’46 |
|
Miserere
Versets XX-XXI |
51 |
47 |
28’52 |
D- Dies Irae Strophe 8
|
54 |
50 |
32’08 |
Signification
du texte du Miserere:
Il s’agit d’un psaume de louange et de pénitence particulièrement utilisé pendant la semaine sainte. Ainsi le célèbre Miserere d’Allegri était chanté tous les vendredi-saints dans la chapelle sixtine à Rome. «Le psaume du Miserere est un psaume de pénitence. Un jour David pécha contre Dieu. Bethsabée, la femme du soldat hittite Urie, était très belle. Une nuit, David la fit venir chez lui et l'aima. Lorsque David sut qu'il allait avoir un enfant de Bethsabée il demanda à Joab qui commandait Urie, de le placer en première ligne au combat. Urie fui tué. David prit alors Bethsabée pour épouse sans la moindre trace de remords. Alors, Dieu envoya le prophète Nathan afin qu'il explique à David la faute qu'il avait commise. Enfin conscient de son offense à Dieu, celui-ci fait donc acte de contrition dans ce psaume»
P.Revol, L’Education musicale Bac
2004
Signification du texte du Dies Irae:
Texte attribué à Thomas de Celano, un moine franciscain du XIIIème siècle. Sa structure comporte des groupes de trois vers de huit syllabes chacun, mis en rimes selon le schéma aaa, bbb, ccc, etc… On le rencontre dans les requiems car il évoque le jugement dernier et la colère divine. A noter qu’Arvo Pärt place le texte du Dies Irae juste après le 5e verset du Miserere où David veut être lavé de sa faute et faire miséricorde.
Voici le texte latin avec une traduction.
Dans son Miserere, Pärt supprime les deux premiers versets introductifs et débute directement par le verset 3.
|
Verset |
TEXTE
DU MISERERE EN LATIN (début) |
F)
TRADUCTION (début) |
Page |
Chiffre |
Minutage |
|
I |
Psalmus
David |
Psaume de David |
Texte non utilisé par Pärt |
||
|
II |
Cum
venit ad eum Nathan propheta quando intravit
ad Bethsabee |
Quand le prophète Nathan vint le trouver
après qu'il fut allé chez Bethsabée |
|||
|
III |
Miserere mei Deus secundum magnam
misericordiam tuam et secundum multitudinern miserationum tuarum dele
iniquitatem meam |
Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton Amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché. |
1 |
Avant le chiffe 1 |
0’00 |
|
IV |
Amplius lava me ab iniquitate mea et a
peccato meo munda me |
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense. |
3 |
5 |
3’17 |
|
V |
Quoniam
iniquitatem meam ego cognosco et peccatum meum contra me est semper |
Car je connais mon péché, ma faute est
toujours devant moi. |
6 |
9 |
4’50 |
|
Strophe |
TEXTE
DU DIES IRAE EN LATIN (début) |
G)
TRADUCTION (début) |
Page |
Chiffre |
Minutage |
|
1 |
Dies
irae dies illa Solvet saeclum in favilla Teste David cum Sybilla. |
Ce
sera le jour de la colère, le jour qui réduira le monde en cendres: David et |
7 |
10 |
5’47 |
|
2 |
Quantus
tremor est futurus Quando judex est venturus Cuncta stricte discussurus ! |
Combien
grand sera l'effroi, quand le juge se présentera pour tout scruter avec
rigueur ! |
9 |
11 |
6’10 |
|
3 |
Tuba mirum spargens sonum Per sepulcra
regionum Coget omnes ante thronum |
Le
son éclatant de la trompette, retentissant jusque dans les tombeaux,
rassemblera tous les hommes devant le trône. |
11 |
12 |
6’33 |
|
4 |
Mors
stupebit et natura Cum resurget creatura judicanti responsura. |
La
nature et la mort seront dans la stupeur quand la créature ressuscitera pour
répondre à son juge. |
14 |
13 |
6’56 |
|
5 |
Liber
scriptus proferetur In quo totum continetur Unde mundus judicetur. |
On
produira le livre dont les pages renferment tout l'objet du jugement du
monde. |
16 |
14 |
7’17 |
|
6 |
Judex
ergo cum sedebit Quidquid latet apparebit Nil inultum remanebit. |
Quand
donc siégera le Juge, tout ce qui était caché sera dévoilé, rien ne demeurera
impuni. |
19 |
56 |
7’40 |
|
7 |
Quid
sum miser tunc dicturus Quem patronom rogaturus ? Cum vix justus sit securus. |
Malheureux
! que dirai‑je ? quel protecteur invoquerai‑je, quand à peine le
juste sera rassuré ? |
21 |
16 |
8’03 |
|
1 |
Dies
irae dies illa Solvet saeclum in favilla Teste David cum Sybilla. |
Ce
sera le jour de la colère, le jour qui réduira le monde en cendres: David et |
23 |
17 |
8’27 |
|
Verset |
TEXTE DU MISERERE EN LATIN (suite
et fin) |
H) TRADUCTION (suite
et fin) |
Page |
Chiffre |
Minutage |
|
VI |
Tibi soli peccavi et malum coram te feci ut
iustificeris in sermonibus tuis et vincas cum iudicaris |
Contre Toi et Toi seul, j'ai
péché, ce qui est mal à Tes yeux, je l'ai fait. Ainsi, Tu peux parler et
montrer Ta justice, être juge et montrer Ta victoire. |
26 |
18 |
9’05 |
|
VII |
Ecce enim in iniquitatibus conceptus sum et
in peccatis concepit me mater Mea |
Moi, je suis né dans la
faute, j'étais pécheur dès le sein de ma
mère. |
27 |
21 |
10’46 |
|
VIII |
Ecce enim veritatem dilexisti incerta et
occulta sapientiae tuae manifestasti
mihi |
Mais Tu veux au fond de moi
la vérité; dans le secret, tu m'apprends la sagesse. |
27 |
23 |
11’51 |
|
Interlude instrumental n°1 |
28 |
24 |
13’00 |
||
|
IX |
Asparges me hysopo et mundabor lavabis me et
super nivem dealbabor |
Purifie-moi avec l'hysope, et
je serai pur; lave-moi et je serai blanc, plus que la neige. |
29 |
25 |
13’52 |
|
X |
Auditui meo dabis gaudium et laetitiam exultabunt ossa humiliata |
Fais que j'entende les
chants et la fête: ils danseront les os que Tu broyais. |
30 |
27 |
14’57 |
|
XI |
Averte faciem tuam a peccatis meis et omnes
iniquitates meas dele |
Détourne Ta Face de mes
fautes, enlève-moi tous mes péchés. |
31 |
29 |
16’03 |
|
Interlude instrumental n°2 |
31 |
31 |
17’00 |
||
|
XII |
Cor mundum crea in me Deus et spiritum
rectum innova in visceribus meis |
Crée en moi un cœur pur, ô
mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit |
33 |
32 |
17’47 |
|
XIII |
Ne proicias me a facie tua et spiritum
sanctum tuum ne auferas a me |
Ne me chasse pas loin de Ta
Face, ne me reprends pas ton Esprit Saint. |
34 |
33 |
18’52 |
|
XIV |
Redde mihi laetitiam salutaris tui et
spiritu principali confirma me |
Rends-moi la joie d'être
sauvé; que l'esprit généreux me soutienne. |
35 |
34 |
19’49 |
|
Interlude instrumental n°3 |
36 |
35 |
20’45 |
||
|
XV |
Docebo iniquos vias tuas et impii ad te
Convertentur |
Aux pécheurs, j'enseignerai
Tes chemins, vers Toi, reviendront les égarés. |
40 |
37 |
22’17 |
|
XVI |
Libera me de sanguinibus Deus, Deus salutis
meae exultabit lingua mea iustitiam
tuam |
Libère-moi du sang versé,
Dieu, mon Dieu sauveur, et ma langue acclamera ta justice. |
41 |
38 |
23’05 |
|
XVII |
Domine labia mea aperies et os meum
adnuntiabit laudem tuarn |
Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange. |
43 |
40 |
24’14 |
|
XVIII |
Quoniam si voluisses sacrificium dedissem
utique holocaustis non delectaberis |
Si j'offre un sacrifice, Tu
n'en veux pas, Tu n'acceptes pas d'holocauste. |
46 |
42 |
25’08 |
|
XIX |
Sacrificium Deo spiritus cntribulatus cor
contritum et humiliatum Deus non
spernet |
Le sacrifice qui plaît à
Dieu, c'est un esprit brisé; Tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé
et broyé. |
49 |
44 |
26’28 |
|
Interlude instrumental n°4 |
50 |
46 |
27’46 |
||
|
XX |
Benigne fac Domine in bona voluntate tua
Sion et aedificentur muri Hierusalem |
Accorde à Sion le bonheur,
relève les murs de Jérusalem. |
51 |
47 |
28’52 |
|
XXI |
Tunc acceptabis sacrificium iustitiae oblationes
et holocausta tunc inponent super altare tuum vitulos |
Alors, Tu accepteras de
justes sacrifices, oblations et holocaustes ; alors on offrira des taureaux
sur Ton autel. |
53 |
49 |
30’26 |
|
Strophe |
TEXTE
DU DIES IRAE EN LATIN (suite
et fin) |
I)
TRADUCTION (suite et fin) |
Page |
Chiffre |
Minutage |
|
8 |
Rex
tremendae majestatis Qui salvandos salvas
gratis Salva me fons pietatis. |
Roi,
ô Majesté redoutable, qui sauve gratuitement les prédestinés, sauve‑moi,
source de bonté. |
54 |
50 |
32’08 |
ANALYSE
DETAILLEE DU MISERERE D’ARVO PÄRT
«La conception dramatique du Miserere se perçoit du
début à la fin. (…) Les nombreux moments calmes de la pièce sont délibérément conçus
pour créer la tension et l’attente. En les entendant, nous sommes conscients
d’entendre un fragment de quelque chose de plus vaste et plus puissant ;
ceci n’était pas le cas dans les principales autres œuvres écrites en style
tintinnabuli. Ceci ajoute une dimension supplémentaire à ce type
d’écriture. La présence de mélodies expressives – celles du soliste Basse et de
certains interludes orchestraux en particulier – ne doit pas faire oublier, en
effet, que les principes du style tintinnabuli sont ici très fortement présents
même s’ils sont investis d’une intensité harmonique atypique eu égard à ses
autres œuvres mettant en œuvre cette écriture.» (Paul Hillier)
Déroulement général de l’œuvre:
L’œuvre débute avec une mélodie recto tono de Ténor
qui entonne le Versus III, mot par mot, chacun étant encerclé par des silences.
La clarinette égrène délicatement quelques notes arpégées de l’accord parfait
de mi mineur, elle aussi environnée de silences. La seconde partie du premier
verset est soutenue par une pédale à la clarinette basse. Une seconde voix
entre pour le Verset IV, les notes de l’accord parfait, en écho, se voyant
réparties à de nouveaux instruments. Par dessus un calme et fantomatique
roulement de timbale pp, la voix de basse soliste entame le Verset V sur
un mi grave, est rejointe par les autres solistes alors qu’il gravit deux
octaves vers l’aigu. Le roulement de timbale exécute alors un immense crescendo
qui introduit le Dies Irae.
Cette interruption est elle-même interrompue par le
retour du psaume (Miserere) et de la voix de basse soliste, presque a
cappella. Une nouvelle voix s’ajoute au début de chaque nouveau verset, la
texture s’enrichit peu à peu d’interludes instrumentaux - certains très brefs,
d’autres plus développés - à la fin de chaque verset. Un climax est atteint sur
le mot holocaustis. (Verset XVIII) et la tension redescend
progressivement jusqu’au retour de la voix de basse soliste. La musique change
enfin avec le retour du Dies Irae (Rex tremendae) et une musique qui
s’apaise encore, comme étouffée par la crainte, vision musicale qui exprime
clairement les mots du texte (Roi à la redoutable majesté, Qui sauve sans
contrepartie les élus. Sauve moi, ô source de miséricorde).
Ière PARTIE - Analyse des Versus III, IV et V
VERSUS III
|
Miserere mei Deus secundum magnam
misericordiam tuam et secundum multitudinern miserationum tuarum dele
iniquitatem meam |
Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton Amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché. |
Page 1 |
Avant le chiffe 1 |
Minutage0’00 |
*
Effectif: Ténor
1 solo, clarinette, clarinette basse
*
Climat: recueilli,
méditatif, nuances p et pp
*
Grande importance du silence
*
Mode de la sur mi (ou tonalité de mi mineur sans sensible) dont on ne s’éloigne
jamais, notes de
l’arpège de
mi mineur
(mi sol si) égrenées dans un ordre qui paraît aléatoire.
*
Chaque mot est isolé par des silences très importants et chanté a
cappella sur une mélodie recto tono, qui ne
s’éloigne que très peu de la note-pivot
fondamentale mi
* Choix d’une rythmique ternaire issue des modes médiévaux qui respecte l’accentuation du mot: rythme trochée (longue-brève) ou rythme iambique (brève longue)

* Opposition entre un mètre ternaire pour les parties vocales et des parties instrumentales inscrites dans des
mesures à deux ou quatre temps.
VERSUS IV
|
Amplius lava me ab iniquitate mea et a
peccato meo munda me |
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense. |
Page 3 |
Chiffre5 |
Minutage3’17 |
* Effectif: toujours
la voix de ténor à laquelle s’ajoute la voix d’alto. Maintient de la
clarinette, disparition de la clarinette basse et apparition du hautbois, du basson et de
l’orgue.
*
Climat: toujours recueilli, nuances mp à mf
*
La dissonance par frottement de seconde surtout (sur Amplius mi/fa#
page 3) souligne le sens du texte
* Même
écriture fondée sur l’accord parfait : arpèges, grands intervalles en
opposition avec le recto tono des
parties vocales : style
tintinnabuli
* L’absence de discours harmonique
(puisqu’il n’y a qu’un seul accord de mi mineur) conclut à l’absence de tension. Celle-ci est soigneusement évitée
afin que le recueillement nécessaire ne soit pas troublé
VERSUS V
|
Quoniam
iniquitatem meam ego cognosco et peccatum meum contra me est semper |
Car je connais mon péché, ma faute est
toujours devant moi. |
Page6 |
Chiffre9 |
Minutage4’50 |
* Effectif: plus de voix: soprano, alto, ténors 1-2, basse. Et plus qu’un seul instrument: les timbales
* Climat: dramatisation du discours obtenue par les techniques suivantes:
* Ascension de la voix de basse sur deux octaves
* Intervalle caractéristique de seconde augmentée
(fa/sol#) qui exprime la douleur, la dramatisation
* L’alto et la soprano accentuent l’effet dramatique
de part la montée dans l’aigu
* Le crescendo final s’associe à un usage exacerbé
des dissonances
(si/do entre l’alto et le ténor 1, bas de p.6)
* Le roulement
de timbale : cresc. violent, en solo, conclut cette section et
introduit le Dies irae
IIème PARTIE - Analyse du DIES IRAE,
strophes 1 à 8
(sachant que la n°8 a le même texte que la n°1)
*
Cette section est la reprise d’une pièce de 1976, Calix
*
On notera la violence du climat - à cause du sens du texte évidemment - qui
s’oppose avec l’atmosphère de
recueillement initial.
*
L’effectif est désormais au complet. Le tutti orchestral n’intervient
d’ailleurs uniquement lors du Dies Irae.
*
La structure basique est organisée en huit sections de sept mesures. Chaque
section correspond à une
strophe du Dies Irae, et chacune de
celle-ci est introduite par un roulement de timbale plus long à chaque fois
*
Sur le plan harmonique, seul le mode de la (ou la mineur sans sensible) est
utilisé pendant tout le Dies Irae.
Cet unique mode contribue au statisme
harmonique
*
Alternance des deux modes rythmiques trochée (longue-brève) et iambe (brève-longue),
issus des modes
rythmiques médiévaux:

*
Principe général: Quatre plans
sonores:
1: Bois (hautbois,
clarinette, clarinette basse et basson)
2: Trombone
3: Les voix
4: Guitare
électrique, basse électrique et pédalier de l’orgue
sont constitués de la superposition d’une même mélodie (ci-dessous) écrite avec des valeurs rythmiques différentes en augmentation ou en diminution, de la même manière que le motet isorythmique Puis que la douce rousee de Guillaume de Machaut (v.1300-1377), réaffirmant ainsi l’influence de la musique médiévale sur celle d’A.Pärt.

A tous les plans , cette mélodie s’enchaîne à elle-même en
baissant d’un degré à chaque fois:

(à vrai dire si les degrés
s’enchaînent en descendant, il peut arriver que pour des raisons de registre,
la descente soit interrompue pour reprendre à l’octave supérieure)
1: Les bois (hautbois, clarinette, clarinette basse et basson):
On
les divise en deux sous groupes selon leur registre: le premier (aigu)
constitué du hautbois et de la clarinette, et le deuxième (grave) de la
clarinette basse et du basson. Ces deux groupes alternent les valeurs
ronde/blanche et blanche/noire toutes les deux strophes. Ce sont le hautbois et
le basson qui jouent la mélodie principale alors que la clarinette et la
clarinette basse ne jouent que les notes de l’accord de la mineur (la-do-mi).
L’instrument qui se voit confier le rythme ronde/blanche citera la mélodie
moins de fois que celui qui a le rythme blanche/noire.
Par conséquent: aux bois, on observe que la mélodie principale s’entend
sur deux couches d’élongation rythmique différente qui se croisent toutes les
deux strophes
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Strophe 1 et 2 |
Strophe 3 et 4 |
Strophe 5 et 6 |
Strophe 7 et 8 |
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Hautbois /clarinette |
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Clar.bass/
Basson |
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2: Le trombone
Il joue la mélodie sur une couche rythmique
un peu plus lente que les bois
3: Les voix (chœur de Sopranos, Altos, Ténors, Basses)
De la même manière que pour les bois, les voix d’hommes et de femmes s’échangent les valeurs rythmiques toutes les deux strophes.
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Strophe 1 et 2 |
Strophe 3 et 4 |
Strophe 5 et 6 |
Strophe 7 et 8 |
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Sopranos/ Altos |
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Ténors/ Basses |
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Sur le plan
mélodique, c’est un peu plus subtil car la mélodie principale se répartit sur deux
voix toutes les 4 notes (en chiasme)

Mises bout à bout, on obtient bien la mélodie principale:

4: Guitare électrique, basse électrique et pédalier de l’orgue
Ce
dernier groupe comporte l’élongation rythmique la plus longue: du début à la
fin du Dies Irae, la mélodie principale ne s’entend que sur 6 descentes.
Très important: Ces
groupes proposent quatre couches rythmiques différentes pour une même mélodie.

Cela implique
une perception simultanée de plusieurs temps dans une même œuvre
* On peut employer le terme de canon
bien que les voix débutent ensemble
* Il résulte de ces superpositions de couches
rythmiques d’une même mélodie des rencontres parfois dissonantes, des
frottements de secondes, notamment
* L’agrégat final à la dernière mesure, construit justement sur la seconde mineure si-do, introduit la partie suivante qui commence sur les deux mêmes notes, la seconde de ces deux notes (do) se révélant être la note phare du Verset VI. Cette mesure fait office de coda
IIIème PARTIE - Analyse des versets VI à XIV
(et des 3 interludes instrumentaux)
Versets VI à VIII (page
26)
|
VI |
Tibi soli peccavi et malum coram te feci ut
iustificeris in sermonibus tuis et vincas cum iudicaris |
Contre Toi et Toi seul, j'ai
péché, ce qui est mal à Tes yeux, je l'ai fait. Ainsi, Tu peux parler et
montrer Ta justice, être juge et montrer Ta victoire. |
26 |
18 |
9’05 |
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VII |
Ecce enim in iniquitatibus conceptus sum et
in peccatis concepit me mater Mea |
Moi, je suis né dans la
faute, j'étais pécheur dès le sein de ma
mère. |
27 |
21 |
10’46 |
|
VIII |
Ecce enim veritatem dilexisti incerta et
occulta sapientiae tuae manifestasti
mihi |
Mais Tu veux au fond de moi
la vérité; dans le secret, tu m'apprends la sagesse. |
27 |
23 |
11’51 |
Généralités
*
Fort contraste de caractère: on retrouve le climat de recueillement d’avant le Dies
Irae
* Mêmes principes que dans les Versets III à V: chaque
mot est isolé par des silences et chanté en général a cappella ;
même choix également d’une rythmique issue des modes médiévaux
*
L’accord de base dans toute cette troisième partie : Fa mineur.
* Importance de la 2dne augmentée qui donne un
aspect oriental (ici réb/mi)
* Une métrique irrégulière,
très libre (voir les différentes indications de mesure au dessus des
portées) abolissant la sensation de
pulsation
*
Un effectif très restreint par verset:
Verset VI: voix de basse, clarinette,
clarinette basse, basson, timbale
Verset VII: voix de basse et ténor 1, hautbois,
clarinette, basson
Verset VIII: voix de basse, clarinette basse,
basson, trompette, trombone, guitare et basse électrique, orgue
*
Verset VI: Les courbes mélodiques sont
descendantes puis ascendantes comme sur Tibi soli et coram te feci
* Verset VII: Deux voix qui chantent le texte en même
temps à intervalle de 4tes et 5tes: évoquant la technique de l’organum médiéval
Interlude instrumental n°1 (page 28)
Destiné à la
réflexion et à la méditation, cet interlude renoue avec la pulsation (longue/brève
rythme trochaïque). Son écriture évoque celle d’un choral, dans lequel toutes
les voix sont en homorythmie.
Versets IX à XI (page
29)
|
IX |
Asparges me hysopo et mundabor lavabis me et
super nivem dealbabor |
Purifie-moi avec l'hysope, et
je serai pur; lave-moi et je serai blanc, plus que la neige. |
29 |
25 |
13’52 |
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X |
Auditui meo dabis gaudium et laetitiam exultabunt ossa humiliata |
Fais que j'entende les
chants et la fête: ils danseront les os que Tu broyais. |
30 |
27 |
14’57 |
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XI |
Averte faciem tuam a peccatis meis et omnes
iniquitates meas dele |
Détourne Ta Face de mes
fautes, enlève-moi tous mes péchés. |
31 |
29 |
16’03 |
Verset
IX: homorythmie, le tenor 2 fait toujours un fa (recto tono), des dissonances entre
les deux voix
Verset
X: Alto et basse chantent en 3ces parallèles, la soprano est plus libre
Verset
XI: Alternance quasi systématique des voix et des instruments.
Interlude instrumental n°2 (page 31)
De
forme ABA, il voit dans sa partie centrale tous les instruments en homorythmie
sur le rythme brève-longue
Versets XII à XIV (page 33)
|
XII |
Cor mundum crea in me Deus et spiritum
rectum innova in visceribus meis |
Crée en moi un cœur pur, ô mon
Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit |
33 |
32 |
17’47 |
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XIII |
Ne proicias me a facie tua et spiritum
sanctum tuum ne auferas a me |
Ne me chasse pas loin de Ta
Face, ne me reprends pas ton Esprit Saint. |
34 |
33 |
18’52 |
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XIV |
Redde mihi laetitiam salutaris tui et
spiritu principali confirma me |
Rends-moi la joie d'être
sauvé; que l'esprit généreux me soutienne. |
35 |
34 |
19’49 |
Verset
XII: Alternance des voix avec la timbale. Alto et Ténor 2 sont homorythmique, le
ténor 1 évolue librement
Verset
XIII: Toutes les voix en homorythmie. Remarquer les silences systématiques
entre chaque mot, on connaît l’importance du silence chez Pärt.
Verset
XIV: Alternance instruments voix, toujours en homorythmie
Interlude instrumental n°3 (page 36)
Beaucoup
plus développé que les interludes précédents
Contraste
rythmique: des double croches rapides d’un motif à l’orgue relayé par les
autres instruments
Ces
double croches de l’orgue évoluent toujours autour de l’accord de fa mineur (fa
lab do) avec quelques broderies.
Le
triangle puis le tambour est placé sur des temps irréguliers, toujours dans
l’idée d’abolir la sensation de pulsation.
Crescendo
général et accords forts et dissonants à la fin.
CANTUS IN MEMORY OF BENJAMIN BRITTEN
«Pourquoi est-ce que la date de la mort de Benjamin Britten - le 4 décembre 1976 - a eu de telles résonances en moi ? A cette époque, j’en étais à un point où je pouvais reconnaître l’importance d’une telle perte. Des sentiments inexplicables de culpabilité et de remords montèrent en moi. Je venais seulement de découvrir Britten pour moi-même. Juste avant sa mort, je commençais à apprécier la pureté inhabituelle de sa musique - j’avais l’impression d’un type de pureté comparable à celle des ballades de Guillaume de Machaut. Et, ajouté à cela, depuis longtemps j’avais voulu rencontrer Britten en personne - et maintenant cela n’adviendrait pas» A.Pärt
* Cette œuvre, composée en 1977, est un hommage au compositeur anglais Benjamin Britten (1913-1976)
* Elle n’est pas écrite dans le style de ce compositeur disparu mais comporte un caractère triste, sombre et
pesant, emprunt du regret de n’avoir pas pu le rencontrer
* Elle s’inscrit dans la tradition de l’hommage musical qu’un
compositeur rend à un autre compositeur disparu:
* Elle est écrite pour un orchestre à cordes (violons I et II, altos, violoncelles et contrebasses) et une cloche
tubulaire (en forme de tube) qui ne fait
toujours qu’une seule note: le la «comme un glas ponctuant de sa
lourdeur un convoi funèbre» G.Moindrot dans L’Education musicale (Bac 2004) p.54
* Toute l’œuvre est fondée sur la gamme descendante de la mineur (la
sol fa mi ré do si la), ou mode éolien.
Le fait que cette gamme soit descendante évoque le passage des
vivants vers le monde des morts comme le faisaient déjà certaines œuvres de
FIGURALISME: Ensemble de techniques
musicales propres à représenter directement une idée portée par le texte.
Exemple: une gamme ascendante sur le texte «Et ascendit»
* Cette gamme descendante est amenée progressivement, deux notes au début et on rajoute une note à chaque fois: la sol / la sol fa / la sol fa mi / la sol fa mi ré / etc… selon cet exemple:

…jusqu'à 20 notes aux violons I (chiffre 9 page 63 vers 3’23) de la5 (4 lignes au dessus de la portée) à do3 (do du bas de la clef de sol)
* Le principe est que chaque pupitre descend cette gamme à une vitesse différente: par conséquent, tout en jouant le même matériau mélodique, ils font se superposer différentes couches temporelles. Malgré ce point culminant, on se perd un peu dans cette gamme qui descend imperturbablement, superposée à elle-même et qui pourrait faire penser à une « œuvre sans fin » si l’on ne terminait sur une pédale de la au tutti (sauf l’alto qui a un mi).
* Après trois motifs de cloches, les violons 1, divisés, entrent dans le registre le plus aigu (Valeurs rythmiques principales : blanche/noire). Une mesure après, entrée des violons 2, eux-mêmes divisés, qui donnent le même motif descendant, en augmentation (Rondes/blanches). Entrent ensuite les alti, les violoncelles, puis les contrebasses (Tous sont divisés sauf les alti). A chaque nouvel instrument, les valeurs rythmiques sont multipliées par deux.
* A noter bien sûr le crescendo progressif du début à la fin de l’oeuvre
* Vers la fin, à noter le ralentissement progressif tendant à stabiliser l’accord de la mineur. Ce ralentissement n’est pas du au ralentissement du tempo mais à la raréfaction des événements
LE TEMPS CHEZ ARVO PÄRT
1) Le temps dans le
déroulement des œuvres de Pärt
a) Le temps «éternel» du chant grégorien (dans les
passages avec le texte du Miserere)
«Ses musiques reprennent des structures fondamentales de la musique tonale,
les triades mineures, en particulier, en leur donnant un rôle nouveau où la
simplicité et la clarté dominent. Ceci implique l’abandon des artifices usuels
du développement dynamique. Au développement classique, nœud du drame, se
substituent des séquences d’épisodes peu différenciés, par couches, en cercles
ou en spirales mais jamais en vecteurs contraignants, tendus vers un but. C’est
une musique de l’éternel recommencement dans l’indifférence du temps et la
complicité du silence. Cette simplicité du minimum, cette sérénité lumineuse
exaltant le silence intérieur, paraissent chargés d’une dimension mystique,
révélatrice d’une vérité hors du temps». (Frans C. Lemaire)
On observe chez Pärt la perception d’un temps très long, donnant un sentiment d’éternité. Ce statisme temporel est exprimé par ces 7 éléments:
* Les silences
* Le même accord pendant longtemps d’où l’absence de progression harmonique
* Pas de chromatisme
* Fréquente répétition des notes
* Lenteur extrême
* L’absence d’événements
* L’absence de contrastes forts de nuances et de tempo
On peut
dire que le minimalisme de sa musique est au service d’un temps
circulaire
b) A noter la simultanéité de différentes couches temporelles (dans le Dies Irae) comme un procédé tout à fait original
2) L’œuvre de Pärt dans le temps, c’est à dire dans l’histoire de la musique
L’œuvre de Pärt revendique aussi bien des influences médiévales que contemporaines: «Une musique qui pourrait avoir été écrite il y a deux cent cinquante ans mais qui, cependant, ne pouvait être composée qu’aujourd’hui»
Les influences médiévales:
En tour premier lieu, la spiritualité de la musique médiévale
Pédales et bourdons
Intervalles caractéristiques de quartes, quintes et octaves
Lignes modales simples, recto tono, rappelant le plain-chant
Valeurs rythmiques longues (lentes)
Modes rythmiques (Iambe, trochée)
Intérêt pour la dissonance - L’athématisme - L’absence de progression tonale
SOURCES
Article de Patrick Rivol dans la revue L’Education
Musicale supplément au n°505-506, bac 2004
«La musique du XXe siècle en Russie» par F.
Lemaire p. 453 à 457. Editions Fayard, les chemins de la musique.
Arvo Pärt, Paul Hillier, Oxford University Press, 1997
Excellent article d’Eric Michon sur le Miserere,
le Cantus in memory of Benjamin Britten et la conception du temps
musical chez Pärt:
www.educnet.education.fr/musique
Sites sur Arvo Pärt:
www.arvopart.org www.musicolog.com/part.asp
FIN DU COURS SUR ARVO PÄRT
IV - L’ŒUVRE DANS SON TEMPS
A)
Un exemple de
retour au passé: le Néo-classicisme
On peut aussi aborder la thématique sur le temps en musique d’un point de vue historique: il arrive que des compositeurs d’une certaine période se réclament d’un style du passé. C’est le cas par exemple de l’école du Néo-classicisme. Ce courant est né en France dans les années 1920 en réaction contre le romantisme allemand. Il s’agit pour cela de revenir au style d’avant le XIXème siècle, c’est à dire à la période classique voire baroque du XVIIIème siècle.
B)
Un exemple d’œuvre néo-classique: Le Tombeau de
Couperin de Maurice Ravel (1875-1937). Cette œuvre de 1917 est un hommage
(d’où le nom Tombeau) à Couperin «Le grand» (1668-1733) ou de son parent
Louis Couperin (v.1626-1661) On remarquera que les titres des mouvements du Tombeau
de Couperin sont des titres de danses ou de suites de danses (Prélude,
Fugue, Forlane, Rigaudon, Menuet et Toccata). Une toccata était à l’origine une
pièce pour s’échauffer les doigts sur le clavier (de toccare toucher)
comprenant des traits assez rapides.