ELEMENTS DE
COURS
Contexte général – Problématique
Petite histoire du Tango [hors cours]
Généralités sur le Tango
Etude
de quatre tangos d'Astor Piazzolla
Adios
Nonino ‑ Milonga del Angel ‑
Muerte del angel ‑ Fuga y misterio
Claude Debussy: Soirée dans Grenade
Bela Bartok: Danses populaires roumaines
Autres exemples: Ravel ‑ Milhaud ‑ Orff
Contexte général:
Outre les savantes polyphonies baroques et de
Problématique:
* L’influence de la musique
populaire sur la musique savante n’est pas nouveau. Depuis la messe L’homme armé de Guillaume Dufay
(v.1400-1474) bâtie sur un thème profane du même nom jusqu’aux Saudades do Brasil de Darius Milhaud
(1892-1974) ou aux Danses Roumaines
de Bartok (1881-1945) en passant par les Danses
hongroises de Brahms (1833-1897) ou diverses suites de danses baroques, les
échanges entre le répertoire populaire -non instruit musicalement- et le
répertoire savant est plus riche qu’on ne le croit.
* La grande figure du XXe siècle en matière de fusion entre musique populaire et musique savante est le compositeur et ethnomusicologue hongrois Bela Bartok (1881-1945).
* Bartok (et son camarade Zoltan Kodaly) était rebelle aux influences allemandes de l'académie Franz Liszt dans laquelle il était élève. Il trouva à sa manière une alternative au romantisme allemand en puisant dans le répertoire populaire de son pays des mélodies et des rythmes traditionnels. Dans les années 1906-1912 environ, il parcouru les campagnes hongroises et roumaines pour noter, compiler et étudier plus de 6000 chants populaires.
* La musique de Bartok est donc inspirée du folklore
populaire, surtout pour la mélodie dans les danses lentes et pour le rythme
dans les danses rapides. Mais ce n'est pas une musique à prétention
populaire, c'est là toute sa spécificité. En outre, puiser dans un
répertoire populaire donne un nouveau jour au métier de compositeur: Celui-ci
n’est plus propriétaire de ses thèmes
ou rythmes, contrairement au compositeur romantique. Son art consiste à
styliser ce répertoire extérieur et à se l’approprier de façon personnelle.
* En cela, la musique de Bartok est toujours tonale, tout en utilisant les 12 sons à travers différents modes ou échelles qui donnent cette couleur si particulière à cette musique.
* Le rythme, élément négligé depuis des siècles est
rétabli dans ses droits anciens et la musique populaire recouvre son rôle
primitif comme fondement de toute composition.
I ‑ Histoire
II
‑ Particularités mélodiques et harmoniques
III
‑ Particularités rythmiques
Avant d'être une musique elle-même, «Ie tango est une manière déjouer la musique (…) Ce qui fait le tango c'est une façon particulière de phraser, de respirer, de suspendre la mélodie, d'ornementer, d'accentuer, de placer les tensions‑détentes au bon end‑oit, tous vecteurs musicaux sans lesquels le tango n'est pas tango. Ainsi le tango prend beaucoup de liberté avec le rythme et le phrasé de la mélodie. L'une de ses libertés est d'anticiper de ralentir ou de faire traîner la mélodie par le son du bandonéon, effet qui lui vient peut-être des pas des danseurs traînant despieds» (M.Plisson, , dans L'éducation musicale supplément au n°505‑506)
I - Histoire

«J'ai
travaillé toute ma vie pour le tango. Maintenant j'espère qu'il va travailler
pour moi. J'ai commencé à gagner de l'argent avec le tango à l'âge de soixante
ans, j'en ai presque soixante-dix et j'ai encore beaucoup de projets. Je me
suis engagé pour mes convictions, pour ma musique et je n'ai jamais souffert de
la faim.
Beaucoup de musiciens ont eu une vie et une
mort misérables sans savoir que leur musique avait été acceptée après leur
mort. Moi, j'ai connu cette reconnaissance. Ma musique est jouée partout dans
le monde. Il y a une mode du tango en Europe, mais on vient à mes concerts pour
ma musique. Je suis né à Mar del Plata [ville portuaire à
Né en
Argentine, donc, Astor Piazzolla émigre avec ses parents à New‑York où
ils espèrent trouver de meilleures conditions de vie. «La 8e rue était très pauvre, c'était un quartier violent plein de gens
affamés et en colère. J'ai grandi au milieu de gangs qui s'entre‑tuaient,
il y avait des braquages et des morts tous les jours (...) toute cette violence
et tous les sentiments que cette ville renferme se trouvent dans ma musique». C'est
néanmoins également à New‑York que Piazzolla se familiarise avec Bach et
la musique classique avec Bela Wilda, pianiste ancien élève de Rachmaninov. Il
revient en Argentine en 1936 et s'installe à Buenos Aires comme bandonéoniste
dans le célèbre orchestre Orquesta tipica
(3 ou 4 bandonéons, plusieurs cordes, un piano et une contrebasse) , il
commence alors à écrire des arrangements pour celui‑ci. A la faveur d'une
bourse d'étude, il part à Paris dans le cours de Nadia Boulanger. Il apprend le
contrepoint et la fugue. Revenu en Argentine il compose ses tangos dans le
styler du tango nuevo, c'est à dire
qu'il apporte ses propres inventions au tango traditionnel. J'écoute du tango depuis l'âge de huit ans
et je reconnais que certains de ces grands musiciens ont influencé ma musique.
Je les respecte parce qu'ils ont trouvé un style propre. Quand on crée, il faut
avoir son propre style. Sans style,
il n 'y
a pas de musique».
II ‑ Particularités mélodiques et harmoniques
III ‑ Particularités rythmiques
a)

b) La formule
rythmique 3-3-2 appellée aussi tresillo cubano
(qu’on retrouve dans Scaramouche
de Darius Milhaud)

c)

ETUDE
DE QUATRE TANGOS D’ASTOR PIAZZOLLA:
ADIOS NONINO – MILONGA DEL ANGEL –
MUERTE DEL ANGEL – FUGA Y
MISTERIO
I - ADIOS NONINO
Thème de l’introduction:

Thème «nostalgique»

Version 1 (Sexteto
Mayor):
a) Instruments: violon, accordéon, piano, contrebasse en pizzicato
b) Remarques: Ce tango montre à quel point seuls deux thèmes peuvent être à la base de parties au
caractère fort contrasté: énergique, emporté, nostalgique, lyrique
Une introduction énergique (voir thème plus haut) à tous les instruments à l'unisson
L'accordéon tient ensuite le thème mélancolique
Le violon prend le thème de manière douce, puis emportée
Grande cadence de piano d'allure improvisée
Retour du thème d'introduction sur un accompagnement vigoureux
Version 2 (Carlos
Garcia):
a) Instruments: contrebasse, accordéon, flûte, batterie, piano
b) Remarques: la distribution des thèmes aux instruments change quelque peu, le rythme 3+3+2 est
ici plus présent que dans la première version.
II - MILONGA DEL ANGEL
Version 1 (Soledad):
a) Instruments: piano, violon, contrebasse en pizzicatto, guitare, accordéon
b) Remarques: Tempo lent, rythme de habanera aux pizzicatti de contre basse, rythme 3+3+2 très
présent quasiment tout du long.
Version 2 (J.Carli):
a) Instruments: Grand orchestre: carillon, wood‑blocks, flûtes, clarinettes, contrebasse en pizzicato,
Accordéon, cordes, piano, cor, harpe
b) Remarques: Une orchestration plus riche dans la mesure où il y a plus d'instruments
III - MUERTE DEL ANGEL
Cette pièce fait partie d'une suite écrite par Piazzolla dans les
années 1960, la même que Milonga del
angel
Une seule version (J.Carli)
a) Instruments: Orchestre de vents et percussions: trompette, saxophones, tuba, cor, flûtes, clarinette basse,
hautbois, basson, percussions et carillon
b) Remarques: Forme ABA (rapide ‑ lent ‑ rapide)
A: De caractère décidé et énergique, cette partie débute par un solo de trompette
sur le thème principal,
rapidement contrepointé par le tuba. Echange du thème principal entre les différents pupitres
B:
Partie plus lente et lyrique. Solo de
hautbois, accompagné par d'autres vents
A: Retour du thème de la partie A, avec son caractère décidé et énergique. On entend la formule
rythmique 3+3+2 vers la fin à 2’59 qui nous rappelle l'appartenance de cette pièce au tango
IV - FUGA Y
MISTERIO
·
Voilà un bel exemple de fusion entre de la
musique savante et populaire: une partie fuguée (représentant la musique.
savante) débute la pièce, faisant ensuite place à une partie plus
spécifiquement tango. Des éléments dansants (rythmes décalés) se conjuguent à
des éléments savants (fugue)
Version 1 (Sexteto Mayor):
a) Instruments: accordéon, contrebasse en pizzicato, flûte, alto, piano, batterie
b) Remarques: Ce tango comporte une partie fuguée suivie d'une partie rapide et d'une partie lente
Partie
fuguée: Entrée successive en imitation de l'accordéon, alto, flûte et piano
sur ce thème, appelé sujet dans une
fugue. L'imitation du même thème à un autre instrument s'appelle la réponse.

- A part la tonalité de mi mineur, noter l'antécédent du thème (2 premières lignes) et son conséquent (2 lignes suivantes)
- Les notes entourées correspondent aux endroits où une percussion est jouée. On remarque que celle‑ci intervient sur une métrique totalement asymétrique, dans le but de casser la régularité rythmique de la mesure à 4 temps. L'intervention de cette percussion est toutefois régulière (O=joue N=ne joue pas) ONO NNNNN / ONO NNNNN où chaque N ou 0 est une croche.
Partie centrale:
- Après un break de batterie vient ensuite une partie plus réellement tango, à 1’29
‑ Le thème de la fugue revient à l'accordéon et l'alto sur un rythme 3+3+2
Partie finale:
‑ Une coupure nette introduit la dernière partie, lente et mélancolique dans laquelle l'alto puis l'accordéon se partagent une ligne mélodique mélancolique, sur des pizzicatos de contrebasse. Noter la pédale de tonique (mi) à la toute fin, à la contrebasse (à partir de 3’07)
Version 2 (Violoncellistes de l’orchestre
philharmonique de Berlin) :
- Instruments : 12 violoncelles
b) Remarques : Cette version propose la même structure que la précédente. Seul le thème de la partie lente finale change.
Partie fugée : 4 entrées sur le sujet, les deux premières avec des «violoncelles percutants»
Partie centrale (1’36) : certains violoncelles assurent la partie pulsée (dans le grave), pendant que d’autres font la partie «tango»
Partie lente : après une série d’harmoniques (voir lexique). Le thème d’origine est respecté
Partie finale : Contrairement à la
version Sexteto Mayor, on retrouve à la fin la partie centrale animée
Claude Debussy (1862-1918) Soirée dans Grenade, pour piano

-
A propos de l’œuvre pour piano de Debussy :
Elle occupe une place centrale et ne contient que des pièces de maturité.
Même si le piano reste un instrument très chargé d’histoire, Debussy y apporte
une nouvelle approche du son : il ne s’agit plus de faire sonner le piano
comme un piano romantique, mais de dépasser son timbre propre pour évoquer,
grâce à une palette très riche, des sonorités proches de la nature, des évocations
orientales, légendaires ou espagnolisantes. Debussy compose plus avec des
sons qu’avec des notes, Le phénomène de résonance lié à la pédale est très
important.
- Cette pièce pour piano est la 2e du cycle Estampes écrit en 1903 comprenant Pagodes, La soirée dans Grenade, et Jardins sous la pluie
-
Tout comme Debussy ne se situait pas au bord de la mer
pour écrire son œuvre symphonique
- Quelques citations : «Quand on a pas le moyen de se payer des voyages, il faut suppléer par l’imagination» précise Debussy. Le pianiste et musicologue de l’époque Alfred Cortot y voit y entend «les bruits étouffés de ces rythmes ibériens qui font danser les belles filles, graves et arrogantes». Enfin le musicologue Edward Lockspeiser estime que «le piano ne quitte pas seulement la pièce où l’on étudie ou le salon, il quitte aussi la salle de concert. Il devient l’instrument poétique d’un esprit vagabond imaginatif, capable de saisir et de recréer l’âme de lointains pays et de leurs habitudes, les beautés sans cesse changeantes de la nature et les plus intimes aspirations d’un mortel découvrant comme un enfant les neuves et mouvantes merveilles de la création».
-
Bien entendu, il s’agit de remarquer le rythme de Habanera présent quasiment tout au long
de la pièce. On pense évidemment à
- Le registre du piano est très étendu (de do#0 mesure 1 à do#6 mesure 5), c’est à dire sur 6 octaves
- On distingue deux thèmes : le thème A (arabisant, mes 7 à 16) et le thème B, plus généreux mes 41 à 58)
- On distingue 3 motifs : m1 (mes 17-20), m2 (mes 23-28), m3 (mes 67-89)
- La forme est globalement ABA. Le thème A est donné au début et à la fin. Entre les deux évoluent les motifs secondaires et le thème B
MESURES |
1 à 6 |
7 à 16 |
17 à 20 |
23 à 28 |
29 à 32 |
41 à 58 |
|
|
THEMES/ MOTIFS |
Intro |
A
|
Motif 1 (m1) |
m2 |
Motif 1 (m1) |
B |
|
|
PARCOURS HARMONIQUE |
Do# 5te à vide |
Do# mineur harmonique et Do# «Andalou» |
7e de dominante enchaînées |
Gamme par tons + pédale de do# |
7e de dominante enchaînées |
La majeur (plus des mi# qui frottent avec mi bécarre) |
MESURES |
61 à 66 |
67 à 91 |
92 à 97 |
98 à 105 |
109 à 121 |
122 à fin |
|
THEMES/ MOTIFS |
m2 |
m3 style Tango |
Motif 1 (m1) |
B |
m4 («léger et lointain ») + m3 Tango |
A + m1 suggéré à 128-129 |
|
PARCOURS HARMONIQUE |
Gamme par tons + pédale de do# |
Fa# - Do# |
7e de dominante enchaînées |
La majeur (plus des mi# qui frottent avec mi bécarre) |
-- |
Do# mineur harmonique et Do# «Andalou». Fin en la majeur |
- Le langage harmonique est très riche :
- On observe une pédale de do# (1-37, 60-66, etc…)
- Dans le thème arabisant A, deux modes sont mélangés : le mode mineur harmonique et le mode de mi «andalou» donnant cet aspect oriental
- Utilisation de la gamme par tons (mes 23 à 28) très fréquente chez Debussy. A noter dans ce passage le mélange de la gamme par tons avec la pédale de do#, procurant un effet particulier.
- Il arrive que des 7e de dominante soient enchaînées les unes aux autres (m1, mes 17 à 20). L’harmonie est donc plus «esthétique» que fonctionnelle, c’est à dire que Debussy utilise des harmonies pour leur couleur propre et non pas pour leur fonction harmonique
- A noter le frottement mi bécarre / mi# Mes 45 à Mes 56. Le mi bécarre est justifié parce que l’harmonie de ce passage est la majeur (accord parfait majeur la-do#-mi). Le mi# est une note de passage intermédiaire entre le mi et le fa# à la main droite.
Iberia (pour orchestre, de Debussy, 1906)
La puerta del vino (Prélude pour piano de Debussy, 1910-12)
Habanera (pour piano de Ravel, 1895. Cette pièce a été orchestrée dans l’œuvre suivante)
Rhapsodie espagnole (pour orchestre, de Ravel, 1907)
Alborada del Gracioso (pour piano, de Ravel, 1904-05)

* Cette suite de danses a d’abord été écrite pour piano en 1915. Son succès conduisit Bartok et d’autres à les transcrire pour un grand nombre de formations instrumentales. Celle étudiée ici est la version pour petit orchestre de 1917.
* Elles constituent une appropriation de Bartok du répertoire populaire (des mélodies pour les 4 premières et du rythme pour les deux dernières) à son langage. Les principales contributions «savantes» de Bartok à ces danses sont :
- l’orchestration, somme toute simple, mais digne d’un compositeur sachant habiller et mettre en valeur ces mélodies
- mais surtout l’harmonisation de ces mélodies. Comme il est fréquent qu’une mélodie se répète, Bartok aura eu soin de ne pas l’harmoniser à chaque fois de la même manière. De plus il respecte les modes et échelles inhérentes à cette musique, qui ne sont pas uniquement les tyranniques modes majeurs ou mineurs. Voir à chaque danse pour les détails.
* Il y a sept danses en tout. Les 4 premières sont lentes, de type mélodie seule accompagnée, les trois dernières (les vraies danses) sont rapides et énergiques.
* Un effectif orchestral réduit: 2 flûtes, 2 clarinettes en si bémol et en la, 2 bassons, 2 cors en fa, 8 violons 1, 8 violons 2, 6 altos, 4 violoncelles, 3 ou 4 contrebasses. L’effectif orchestral n’est jamais complet avant les trois dernières danses, puisqu’un instrument soliste est mis en valeur dans les pièces lentes (les quatre premières alors que la vivacité des trois dernières requiert tout l’orchestre.
- Le thème est confié à
la clarinette et aux violons 1 à l’unisson. Le reste de l’orchestre accompagne
de manière très simple et régulière sur chaque temps pour laisser au soliste la
primauté du discours très ornementé
- Forme AABB. Le premier B se situe au chiffre 1.
- Alternance la majeur/la mineur dans la partie A.
- Harmonisation différente entre B1 et B2 (voir les basses)
2) Brâul
(origine: Egres) «Danse du châle»
- mode de ré (comme une gamme mineure, à l’exception
de la 6te qui est majeure: ici si bécarre, au lieu de si bémol en ré mineur)
- forme AA où les premiers violons se joignent à la clarinette la 2e
fois.
-
accompagnement encore plus simple que la première danse, en noires pizzicato
sur une mélodie presque hésitante.
3) Pe loc
(origine: Egres) «Danse sur place»
- thème hésitant faisant bien ressortir la
2nd augmentée mi#-fa# donnant cette couleur orientale
- mélodie "dérythmée"
sur un balancement orchestral à 2 temps donnant l’impression d’une
improvisation.
- forme
AB (B commence chiffre 3).
4) Buciumeana
(origine: Bisztra) «Danse de la corne [ou] Danse de ceux de Buscumi»
- forme ABAB (B mesure 11, le
deuxième A commence chiffre 3 en amplifiant le son grâce aux octaves des
solistes).
- ré mineur ("harmonique") avec
un thème insistant autour de la 2nd augmentée sib do#
- Une
orchestration bien remplie et généreuse de cordes donnant une sonorité chaude
et nostalgique
- éclairage majeur sur B (sib+4) harmonie différente sur B2 mesure 27,
voir la basse)
On quitte les danses "avec soliste"
pour des danses vigoureuses et rapides requérant tout l’orchestre. Comme déjà dit plus haut,
le rythme, élément négligé depuis des siècles est rétabli dans ses droits
anciens et la musique populaire recouvre son rôle primitif comme fondement de
toute composition. Ceci est illustré par les danses suivantes:
5) Poarga
Româneasca (origine Belényes) «Polka
roumaine de Belenyes»
- Grande vivacité et vigueur
exprimée grâce à
a) Tempo rapide
b) Alternances de mesures à 2/4 et à 3/4
c) Accompagnement
des cordes en contre temps (les notes alternent entre les cordes graves
(violoncelles contrebasses et les autre cordes (altos et violons 2)
- Forme ABAB :
4 mes intro
6 mes sur ré (A) 6 mes sur sol (B) mélodie principale aux
violons 1
6 mes sur ré (A) 6 mes sur sol (B) mélodie principale aux
Violocelles et Contrebasses
- Mode de fa (on est en ré majeur avec un 4e degré (ici sol#)
augmenté, cela correspond donc au mode de fa )
6) Maruntel (origine Belényes) «Danse rapide de Belenyes»
- Tempo rapide
- Forme AA
- Même mode de fa comme avant (ré majeur plus sol#) ce qui fait qu'elle sonne proche de la
précédente
- Un premier pôle tonal de ré majeur (A1, début), fa# et sol majeur (avec ré basse) (A2, mes 5): deux harmonisations différentes. A la reprise de A, mesure 9, nouvelle harmonisation du même thème.
7) Maruntel
[suite] (origine Nyagra) «Danse rapide de Nyagra»
- C’est la danse la plus virtuose de la série pour finir brillamment la
suite.
- L’orchestre est au complet.
- Une partie de flûte de plus en plus virtuose au fur et à mesure qu’on
s’achemine vers la fin
- Forme ABAB :
A1 8 mes
(4 fois 2) pôle do majeur
B1 8 mes
(4 fois 2) pôle fa sur des contretemps aux cordes
accentuant la vigueur de la pièce
A2 8 mes
(4 fois 2) chiffre 6 nouvelle harmonisation pôle la majeur (au lieu de do à A1)
B2 8 mes
(4 fois 2) pôle sol qui ponctue
en fa
Coda à partir du chiffre 7: répétition de B.
- La pièce se termine sur un pôle de la majeur, alors qu’on avait commencé en do. Cela confirme qu’il n’y a pas de logique tonale dans ces danses, elles sont harmonisées de manière modale. Pas de tonique/dominante, etc...
Maurice RAVEL (1875-1937) Blues extrait de la
sonate pour violon et piano n°2
(1927)

Le deuxième mouvement de cette sonate est traversé par une influence notoire de jazz. Les deux instruments (piano et violon) sont parfois traités comme percussions, banjo ou saxophone.
Darius MILHAUD (1892-1974) Scaramouche (3e mvt): Brasileira pour saxophone et orchestre (1937-39)
Au retour d’un séjour en amérique du sud, Milhaud s’est souvenu des musiques populaires qu’il avait écoutées. Une certaine vigueur rythmique se détache de cette pièce, donnant à ses mélodies une tournure endiablée
Carl ORFF (1895 - 1982) O Fortuna (1ère pièce de Carmina burana) (1937)
«Le titre des Carmina Burana (Chants de Beuren) fait allusion au couvent de Benediktbeuren dans les Alpes bavaroises, où l’on découvrit en 1803 des manuscrits de chansons du Moyen-Age (…). Les chansons – quelques 200 – proviennent de l’Europe entière (…). On rencontre autant des textes sacrés que des hymnes aux plaisirs du vin et de l’amour, des évocations des vanités de ce monde, des satires sur la dégradation des mœurs – l’ironie ou la crudité des propos mêlées à l’élévation spirituelle, aux réflexions sur l’implacable roue du destin.
«Plus l’expression est essentielle, plus elle
est simplifiée, plus son effet est direct et puissant» (…) L’expression – il
est bien vrai – est «essentielle», et la technique d’autant plus «simple»
qu’elle emploie la répétition quasi incantatoire d’une déclamation souvent
recto tono enchaînant mécaniquement des séries d’accords parfaits parallèles,
les éléments mélodiques et rythmiques étant réduits à leur moindre niveau de
complexité (gammes descendantes et ascendantes, syncopes répétitives, un refus
quasi obessessionel de la disymétrie). Les chœurs dominent, sur des scansions
vigoureusement martelées, s’accélérant le plus souvent jusqu’à des explosions
de frénésie laissant l’auditeur pantois. Tels sont les procédés, sommairement
analysés, utilisés par Orff pour recréer l’esprit «paiën» des genres
dramatiques primitifs.» (Guide de la
musique sacrée de 1750 à nos jours, page 782)
La première pièce O Fortuna est un hommage à la divinité du destin O Fortuna (la chance, le destin).